« Nous n’en aurons jamais fini avec la lecture et la relecture du texte hégélien ». C’est dans le sillage de cette déclaration de Jacques Derrida que se place l’auteur qui étudie aussi bien la présence de Hegel dans la philosophie contemporaine que la résistance paradoxale du système hégélien aux critiques dont il a fait l’objet. Qu’il s’agisse de la polémique radicalement anti-dialectique de Deleuze, de la mise en cause des « grands récits » par Lyotard ou de l’irréductibilité de la « différance » chez Derrida, Hegel s’impose partout comme l’interlocuteur (sinon l’adversaire) de prédilection. C’est sous le titre de « postulat de la récognition » que l’auteur propose de situer le dissensus principal entre ces philosophes français contemporains et Hegel. La possible inclusion de l’événement, dans sa singularité et sa temporalité propres, dans une totalité conceptuelle tout comme le procès dialectique de cette inclusion deviennent ainsi l’objet d’un soupçon pour des penseurs avant tout soucieux de respecter les dimensions de l’altérité. Mais si, en particulier chez Derrida, Hegel demeure l’objet d’une certaine fascination, il faut bien que son entreprise trouve un écho dans les enjeux de la philosophie contemporaine. L’auteur montre alors que cette dernière se caractérise, selon des modalités diverses, par une remise en cause des présupposés de la représentation. Or c’est là une exigence énoncée une première fois par Hegel et qui l’inscrit dans l’horizon du contemporain.
Michael Foessel