On a régulièrement opposé le Hegel de l’Esprit du christianisme, soucieux de l’homme et de son existence, à un Hegel logicien fasciné par le seul concept. L’introduction qui accompagne la traduction proposée par O. Depré contribue à la fois à inscrire la période francfortoise dans la continuité du développement hégélien et à en montrer le caractère décisif. L’Esprit du christianisme représente en effet, dit le traducteur, le laboratoire dans lequel Hegel a forgé une ontologie de l’unification articulée autour des concepts majeurs de moralité, d’amour, de religion et de vie. La présente traduction est tirée des Premiers écrits publiés en 1997 chez Vrin. Plus précisément, elle reprend, outre le texte canonique de l’Esprit du christianisme tel qu’il fut édité par H. Nohl, l’ensemble des textes préparatoires ou apparentés à celui-ci et datant de la même époque : le texte sur l’esprit du judaïsme, le « projet originel » pour l’Esprit du christianisme et un texte relatif au Sermon sur la montagne. On sait que l’édition des écrits de jeunesse dans le cadre des Gesammelte Werke reste à établir, si bien que l’édition Nohl, quoique incomplète, demeure une référence indispensable. O. Depré tire cependant parti de l’édition de W. Hamacher (Ullstein, 1978). S’ajoutant à l’extrême qualité de la traduction française, la mise en évidence du caractère fragmentaire du texte permet de mieux percevoir combien le séjour à Francfort fut un moment de recherches et de découvertes.

Gilles Marmasse