La présente édition du texte de La Constitution de l’Allemagne (en réalité, il s’agit d’un ensemble de fragments dont la rédaction s’échelonne de 1798 à 1802, donc à cheval sur les séjours à Francfort et Iéna) s’appuie sur l’édition qu’en avait donné Kurt Rainer Meist au t. 5 des Gesammelte Werke (Meiner, 1998). Pour des raisons philologiques que détaille Meist dans sa longue introduction (p. VII-XXII), la présentation du texte diffère substantiellement des éditions classiques ; les fragments ne sont pas non plus présentés dans le même ordre que dans les G. W. Datant de l’automne 1802, la « Reinschrift » (l’état final du travail avant l’abandon du projet) vient en tête (p. 1-49) ; elle est suivie d’un état antérieur de la rédaction (« Vorlage »), qui remonte à l’été 1801 (p. 47-153) et de matériaux préparatoires antérieurs de quelques mois ainsi que de plusieurs fragments difficiles à dater. Au total, s’il n’y a pas de textes nouveaux par rapport aux éditions classiques (qui se réglaient toutes plus ou moins sur le travail de Mollat, premier éditeur du manuscrit), le nouvel ordonnancement des matériaux a le grand mérite de séparer clairement les différentes strates chronologiques de l’œuvre et de rendre ainsi manifestes les évolutions du dessein et de sa réalisation. Principal résultat du travail éditorial : c’est à une période plus tardive qu’on ne le crut longtemps que Hegel a définitivement abandonné le projet qu’il poursuivait depuis 1798 : analyser, à partir d’un matériau informatif considérable, le déclin du Reich germanique, comprendre pourquoi, avant même que les armées françaises lui donnent le coup de grâce, cet État qui « n’est plus un État » (s’il en fut jamais un) était mort. Le volume s’achève par une brève mais pénétrante analyse de l’écrit de Hegel par l’historien du droit Hans Maier (p. 195-218), qui avait lui-même publié en 2002 une édition de ce texte au t. X de la Bibliothek des deutschen Staatsdenkens publiée chez Beck. Cette édition de poche fera donc désormais référence.

Jean-François Kervégan (Université de Paris I)