Le thème de la vie constitue sans doute l’un des thèmes les plus riches de la philosophie de Hegel mais aussi l’un des thèmes qui, dans son œuvre, peut le plus prêter à confusion. Si l’on admet que l’objet même de l’investigation philosophique, aux yeux de Hegel, est constitué d’une totalité auto-déterminante, qui, alternativement, se déploie en une diversité de moments autonomisés puis se concentre en uni-fiant ses moments, si l’on admet, en outre, que la vérité, pour Hegel, n’est pas présupposée mais qu’elle est le résultat de l’auto-développement de la chose même, on peut dire que l’objet de la philosophie, pour lui, est essentiellement vivant. La fascination pour la vie est d’ailleurs un point commun à la plupart des post-kantiens, qui voient dans la Critique de la faculté de juger l’ouvrage où Kant – enfin – ose penser l’unité du sujet de l’objet. Néanmoins, la philosophie de Hegel n’est aucunement un vitalisme au sens, par exemple, où son mot d’ordre serait de prendre la nature pour guide ou bien au sens où elle valoriserait l’expérience « naturelle » du monde. L’ouvrage dirigé par Jean-Louis Vieillard-Baron propose une série d’analyses qui montrent en quel sens le concept de vie peut être pris pour fil conducteur de l’évolution de la pensée de Hegel. Emilio Brito établit une comparaison aussi rigoureuse qu’instructive des deux versions originaires de l’Esprit du christianisme et montre l’influence exercée par Hölderlin sur la genèse du concept hégélien. Olivier Depré et Jean-Louis Vieillard-Baron présentent le devenir du concept de vie dans les textes d’Iéna, comme pensée de l’unité du fini et de l’infini. Bernard Mabille montre ensuite, à partir de la filiation néo-platonicienne de la conception hégélienne de la logique, en quel sens cette dernière peut être dite vivante. Ludo de Vos met enfin en évidence en quoi la thématique de la vie éclaire utilement la conception hégélienne de l’art. Dans un autre domaine hégélien, le volume s’achève sur une discussion, dont Adriaan Peperzak est l’un des protagonistes avec Jean-Louis Vieillard-Baron, Philippe Soual et Jean-Claude Bourdin, portant sur l’analyse des rapports entre État et religion dans la remarque du § 270 des Principes de la philosophie du droit. Les contributeurs s’accordent, chacun avec son style propre, à reconnaître que, dans ce texte, Hegel critique les formes dévoyées de religion qui prétendent empiéter sur le terrain propre de l’État.
Gilles Marmasse (Université de Paris IV)