La plupart des articles réunis dans cet ouvrage traitent des rapports souvent tendus de la PhE (Phénoménologie de l’Esprit) à d’autres entreprises théoriques du xixe siècle et de leur prolongation dans la réflexion du XXe siècle. Ernst Müller montre le lien profond qui relie la théorie de la religion hégélienne à Schleiermacher, dont il fut l’un des critiques les plus acerbes, après avoir été proche de ses vues, dans sa jeunesse (dans le même essai, on trouvera quelques réflexions significatives autour de la « fin de l’art »). Brady Bowman retrace le motif des « mystères d’Eleusis » de la PhE jusque dans le poème juvénile « Eleusis » et de ses relations aux écrits des autres « romantiques », pour élucider un aspect peu remarqué de la « certitude sensible », dans la PhE, à savoir son inscription dans une problématique d’histoire de la religion, outre sa fonction épistémologique. Plusieurs contributions sont axées sur une réflexion concernant les transformations et critiques apportées par Feuerbach : Christine Weckwerth résume de façon concise les ressorts du tournant anthropologique, pour élucider ensuite sa fortune critique chez Marx (réduction des fondements de l’anthropologie feuerbachienne à des structures socio-économiques) et chez Löwith (introduction de l’irréductibilité de l’Autre dans la pensée post-husserlienne et heideggérienne). La branche marxienne est abordée aussi, et d’une façon voisine, par Andreas Arndt et, selon une perspective plus générale, par Harald Bluhm (transformations du motif Herr-Knecht jusqu’à Nietzsche, Weber, Foucault). Selon Falko Schmieder résumant son ouvrage sur Feuerbach et les débuts de la photographie, le retour feuerbachien à la « certitude sensible » peut être lu dans un rapport étroit avec les débuts de la photographie (interprétée, celle-là, dans des termes dérivés de Benjamin et de Barthes). Il montre que dans ce contexte d’histoire du médium image, ce « retour » prend une signification tout à fait singulière voire innovatrice, intégrable dans d’autres contextes historiques. Christian Möckel offre une illustration de l’intérêt soutenu de Cassirer pour la PhE en particulier, intérêt qui témoigne en même temps d’une limitation assez étroite de la compréhension des dimensions métaphysiques du texte hégélien. Wolfram Bergande établit un rapport fort intéressant entre l’interprétation lacanienne du sujet et la psychologie de Hegel ; sur cette voie à peine parcourue aujourd’hui, un travail considérable reste à faire, sous condition que l’on sache s’affranchir d’une perspective doxographique sur la pensée hégé-lienne. Parmi les autres études, signalons particulièrement un texte de Walter Jaeschke qui tente de définir le « savoir absolu » en-deçà des lieux communs de la critique anti-hégélienne.

Bruno Haas (Université de Paris I)