Il s’agit d’une collection d’articles qui traversent, chapitre par chapitre, toute la Logique hégélienne dans le souci d’aborder surtout les questions de fond, et ceci à un niveau de réflexion élevé. Je signale tout particulièrement la contribution de Pirmin Stekeler-Weithofer qui présente la logique de la quantité en analysant la structure du symbolisme mathématique et son rapport aux catégories onto-logiques (« seinslogisch ») hégéliennes. La « triangulation du rapport déictique » (tout rapport déictique à un objet étant tridimensionnel : la rencontre, dans un terme commun, de deux perspectives) forme le cadre pour une logique de la limitativité (intension, « Einschränkbarkeit ») corrélat de l’extension, limitativité qu’il définit très habilement par l’équivalence mathématique, pensée, elle, à partir de l’identité du différent en tant que réalisée dans la symbolisation mathématique (A = B identifie deux expressions différentes). Suivent des remarques très pertinentes sur la logique du nombre et du calcul arithmétique. Antonio Moretto replace la théorie hégélienne de la mesure dans le contexte historique (Spinoza puis les sciences naturelles contemporaines de Hegel, avec des renvois bibliographiques intéressants). Le passage à l’essence reste flou, malgré la contribution intelligente de Thomas Schmidt, qui marque bien la proximité quant au résultat de l’essence et de la logique de la qualité, ce qui pose ainsi le problème du statut de la quantité et de la mesure dans l’économie de la Logique. Le passage de la mesure à l’essence, tel qu’il est lu par Moretto (cf. déjà la version de Henrich) reste en effet problématique, puisque l’identité du substrat des rapports de mesure n’est qu’un exemple pour une structure d’essence, dont les assises théoriques sont, en revanche, descriptibles (et décrites effectivement, par Hegel) à l’aide d’un vocabulaire emprunté à la logique de la qualité. Hans-Peter Falk (« Wirklichkeit ») propose une interprétation du statut du logique qui le décharge habilement des présomptions ontologiques pesantes, en tentant une définition de la spécificité du concept comme « propositionnalité » (réductible à une symbolicité ?), ce qui ne va pas sans une certaine tension fructueuse avec les contributions de Félix Duque et de Christian Iber. John Burbridge résume de façon très claire le fil rouge qui traverse la logique de l’objectivité, pensée comme autonomie de la forme logique en tant qu’auto-reproductrice, ce qui la différencie bien du phénomène réel. Manque une définition du réel lui-même comme fonction logique à penser à partir du concept hégélien de liberté (qui aurait besoin, me semble-t-il, d’une relecture radica-lisée), faute de quoi l’on retombe dans une logique non dialectique d’« application » d’une « forme » logique à un « matériau » donné.
Bruno Haas (Université de Paris I)