Ce volume est le second tome de la vaste entreprise de Herbert Schnädelbach placée sous le titre Hegels Philosophie. Kommentare zu den Hauptwerken (La philosophie de Hegel. Commentaires des principales œuvres). Il s’agit dans ce volume de La philosophie pratique de Hegel et d’un « commentaire des textes selon l’ordre de leur publication ». Par « philosophie pratique de Hegel », il faut entendre, selon H. Schnädelbach, l’ensemble des écrits que Hegel a consacrés à la philosophie morale, à la philosophie du droit, à la philosophie sociale, à la philosophie de l’Etat et à la philosophie de l’histoire. Par où l’auteur prend d’emblée la mesure de la considérable extension prise par la philosophie pratique chez Hegel, que l’on peut à juste titre considérer comme le dernier auteur d’une Philosophia practica universalis. Il est regrettable que les écrits politiques de Hegel soient exclus de ce commentaire de sa philosophie pratique : l’auteur s’en explique dès son avant-propos et invoque des raisons de place. On trouvera dans ce volume un commentaire exhaustif et littéral de l’article Sur le droit naturel, du Système de l’éthicité, de la Philosophie de l’esprit de Iéna et des Principes de la philosophie du droit : l’ensemble est disposé de telle sorte que les Principes apparaissent comme le point culminant de la réflexion de Hegel en matière de philosophie pratique. Chaque commentaire d’œuvre est suivi d’un véritable travail d’annotation du texte : ces notes, placées sous le titre « Stellenkommentar », fournissent des éclaircissements de nature historique, philologique ou philosophique, à chaque fois très utiles. Le commentaire des Principes se termine par quelques paragraphes particulièrement bienvenus relatifs à l’actualité du texte ; ils donnent des éléments de réponse à des questions aussi essentielles que : « A quel point l’Etat de Hegel est-il moderne ? », « L’éthicité aujourd’hui ? », « La philosophie du droit de Hegel est-elle descriptive ou bien normative ? ». Quant à l’interprétation qui sous-tend ce commentaire, nous ne pouvons qu’y souscrire lorsque l’auteur la résume en ces termes : « la philosophie pratique de Hegel est essentiellement une philosophie politique, et sa philosophie politique est une philosophie de l’Etat ». L’auteur poursuit en notant que Hegel a cherché « une réponse institutionnelle aux exigences sociales et politiques de la modernité » et que cela l’a conduit à envisager une synthèse de l’Etat de droit et de l’Etat social, renvoyant ainsi par avance dos à dos aussi bien l’option socialiste (ou fasciste) d’un Etat social sans droit que l’option libérale d’un Etat de droit sans dimension sociale. Si l’on ajoute que l’ouvrage s’achève sur une excellente bibliographie, on voit qu’il s’agit là d’un livre qui se recommande tant par son sérieux que par son utilité.
Franck Fischbach (Université de Toulouse II)