Cobben répond aux questions suivantes en s’appuyant sur les Principes de la philosophie du droit : plusieurs cultures peuvent-elles former une seule et même société, ou bien les Etats multiculturels contemporains ne font-ils que juxtaposer différentes sociétés ? Quelles sont les conditions structurelles d’une synthèse des droits de l’homme (universels) et de la démocratie (toujours particulière) ? Après avoir rappelé l’importance de la contingence des différences individuelles dans le déploiement de la raison et les conditions de cette synthèse, Cobben rejette la réponse aristotélicienne qui attribue à une tradition le contenu de la loi que l’homme est censé se donner. Il analyse le processus d’unification de la « conscience de soi rationnelle » et de la « raison observante », de l’autolégislation et de l’objectivité des connaissances contingentes, toutes deux régies par la loi. Cobben examine alors chaque moment de ce déploiement en analysant et la position de Hegel, auquel il reproche de se contenter de « vérifier une loi toujours déjà donnée » (p. 115), et les exigences d’une perspective « postdialectique », « auto-réflexive » qui consiste en ce « que les citoyens savent que leur Etat n’est qu’une forme de manifestation historique du concept d’Etat » (p. 25). Cobben critique ainsi les déterminations hégéliennes de la famille, de la société civile et de l’Etat, en introduisant davantage de diversité diachronique que Hegel. Il reproche par ailleurs à Habermas d’avoir relié le principe démocratique au seul principe de la discussion, et non aussi à la moralité, alors que Hegel nous enseigne « que le principe de la discussion et la moralité se présupposent nécessairement mutuellement » (p. 245). Cobben en rejette la conséquence : la dépendance de l’unité de la société par rapport à un monde vécu, donc à une certaine culture (p. 16). Il propose une conception hégélienne originale de l’unité de la société indépendante des cultures : « la loi de la société multiculturelle ».
Jean-Christophe Merle (Université de Tours)