L’Esthétique est à la fois une partie de la philosophie et une science qui se constitue de façon autonome. La particularité du hégélianisme est que l’Esthétique ne peut se dire sans dire le système, mais que le système ne peut se dire non plus sans dire l’esthétique. C’est pourquoi Hegel – au contraire de Schelling – a exposé jusqu’au bout la philosophie sous cette forme. En appréhendant l’Esthétique dans son rapport au système, C. Guibet Lafaye et J.-L. Vieillard-Baron nous plongent donc au coeur de la problématique philosophique de l’esthétique au lieu de s’en tenir aux discours sur l’autonomie de l’art. La question est abordée sous des angles d’autant plus variés que la problématique n’est pas envisagée seulement en relation aux cours de Berlin ; le volume rend publiques, en outre, différentes interventions au cours d’une journée d’étude organisée au CRDHIA de Poitiers (suivant la tradition initiée par J. D’Hondt). Vieillard-Baron envisage ainsi la question de l’art dans le passage décisif de la Phénoménologie à l’Encyclopédie. C. Guibet Lafaye fait intervenir la Science de la Logique et montre, sur l’exemple de la tragédie, à quel point le présupposé logique, loin de le dénaturer, produit le discours esthétique comme esthétisation du concept. (La discussion pourrait être poursuivie néanmoins concernant l’application de la logique de l’essence à la conception du tragique.) S. Trottein définit l’esthétique hégélienne dans sa différence à l’esthétique kantienne. J. Lèbre revient sur la sémiologie hégélienne dans son lien avec la psychologie (spéculative ou non) en ravivant la notion de caractéristique. Enfin, J.-M. Vaysse rappelle brièvement comment la conception encyclopédique de l’art s’intègre dans le contexte de toute l’évolution hégélienne et répond au « souci ontologique » originaire pour l’art et la beauté dans l’idéalisme allemand.
Alain Patrick Olivier (Université de Hagen)