La compilation posthume des cours d’esthétique de Hegel rédigée par Heinrich Hotho avait longtemps occulté l’existence des autres témoignages concernant cette partie structurelle de l’enseignement hégélien. Le souci d’une édition critique conduit, au contraire, à rassembler et à éditer aujourd’hui ces sources alternatives. Elles sont d’autant plus intéressantes que Hegel a dicté quatre versions du cours d’esthétique sans cesser de le retravailler et de le modifier jusqu’à sa mort, sans le fixer non plus dans la forme écrite et définitive d’un manuel. A. Gethmann-Siefert, dans le cadre de l’édition des Vorlesungen de Hegel (Meiner), avait déjà publié les notes prises par Hotho au cours de l’année 1823 (notes qui ont servi de sources pour son édition ultérieure). Elle propose aujourd’hui deux témoignages pris sur le vif, pendant le cours suivant, durant le semestre d’été 1826. Dans la forme, les deux cahiers révèlent une différenciation dans la réception des auditeurs. Tandis que Kehler (Fink) fait plutôt ressortir la richesse de la matière, Pfordten (Suhrkamp) fait apparaître toute la rigueur de la structure. La parole hégélienne se trouve ainsi libérée de son caractère monolithique. Elle se fait entendre ici dans toute sa compacité et son aridité et dans la liberté tout aussi essentielle de l’improvisation. Elle rappelle le ca-ractère processuel, éphémère, en lui-même esthétique du cours. Du point de vue du contenu, les cahiers renseignent sur la progression de la réflexion hégélienne, en 1826, en relation avec l’actualité de l’art et de la philosophie de son temps et avec l’évolution de sa propre réflexion. On voit, par exemple, comment Hegel livre ici à ses auditeurs les polémiques à l’égard de l’ironie ou à l’égard de l’indomanie qui seront reprises ensuite dans les Jahrbücher. Le cours de 1820-1821 ayant également fait l’objet d’une parution, la publication du dernier cours de 1828-1829 renseignera sur le dernier stade du cours, de sorte qu’un aperçu complet de l’enseignement esthétique berlinois sera disponible.
Alain Patrick Olivier (Université de Hagen)