L’ouvrage de F.M. Cacciatore Protestantesimo e filosofia in Hegel entend exposer certains aspects du rapport entre la philosophie hégélienne et la confession luthé-rienne. Comme il est souligné dans la présentation de F. Tessitore, le but de l’ouvrage n’est pas de développer une thèse unitaire et articulée, mais de rendre compte, d’un côté, des thèmes fondamentaux de la théologie luthérienne (en particulier la conception de l’Eucharistie) et, de l’autre côté, de certains lieux de l’œuvre hégélienne qui font référence à la religion protestante. Cacciatore réalise ce programme notamment à travers une étude précise de textes des auteurs protestants, en premier lieu Luther, mais aussi Karlstadt et Zwingli. Il offre donc au lecteur un vaste matériau pour une compréhension approfondie des thèmes traités et de leur rapport avec la philosophie hégélienne.
On appréciera en particulier deux moments de l’ouvrage : tout d’abord le troisième chapitre, qui expose la confrontation de Hegel avec les pensées de Jacobi et de Schleiermacher, et donc sa compréhension des thèmes de la Reflexions-philosophie en rapport avec la religion et la « mentalité » luthérienne entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle. Il faut également mentionner le chapitre conclusif, où l’étude des passages des Leçons sur la philosophie de l’histoire dans lesquels Hegel traite de l’Église catholique et de la Réforme conduit à des considérations intéressantes sur la façon dont les différences doctrinales des deux confessions se répercutent sur la vie sociale et sur l’organisation politique des peuples concernés. Utilisant l’expression de Max Weber, on peut dire – et c’est un aspect que Cacciatore souligne de manière convaincante – qu’il y a une « éthique protestante » à l’origine de certains thèmes de la conception hégélienne de la société, in primis le travail et la liberté individuelle, dont l’on trouve ici une clef de lecture génétique.
Thamar Rossi Leidi (Universités de Vienne et de Paris I)