Le titre en dit l’objet : plutôt que la vérité, étudier le rapport que le sujet philosophant et le sujet croyant entretiennent avec elle. Sa question est : comment celle-ci se communique-t-elle à nous ? Ou plutôt, la vérité étant dévoilement : comment le sujet la reçoit-il ? Pour voir cela, l’auteur examine surtout trois penseurs, Hegel, Kierkegaard et Heidegger. Il le fait dans une perspective heideggérienne, même si le livre se termine par un essai pour dépasser ce dernier, par une référence à Balthasar, pour faire droit à la bonté et à la personnalité du donateur, qui est à l’origine de la donation de la vérité, Dieu.

Selon l’auteur, si Hegel voit bien que la vérité est à penser comme manifestation de soi, le déploiement autonome du système conduit à une disparition du sujet pensant, en même temps qu’à un concept du divin qui est une idole de la raison (par abolition de la distance), où le mystère de Dieu est manqué (p. 222). Contre cela, l’auteur rappelle avec Kierkegaard que l’on ne peut faire abstraction de la subjectivité, et que l’accueil de la vérité relève d’un engagement et d’un témoignage personnels, du saut de la foi, ce qui remet l’existant singulier au cœur de la question. Enfin l’auteur, avec Heidegger, demande de reconnaître, dans la manifestation même de la vérité, un retrait, un voilement. Contre Hegel, il demande de considérer un Dieu caché dans sa révélation, en sa transcendance.

Ce livre contient des analyses précises sur les auteurs et la question. Concernant Hegel, il considère surtout la Phénoménologie de l’esprit et les Leçons sur la philosophie de la religion. Cependant il voit en Hegel celui qui pose la certitude comme figure moderne de la vérité, alors que Hegel distingue les deux, et montre que l’expérience de la conscience est celle de leur opposition. Ensuite, examinant la proposition spéculative, il y voit un effacement du sujet réfléchissant, c’est pourquoi il a recours à Kierkegaard contre Hegel (p. 67-75). Toutefois c’est oublier que le sujet philosophant, s’il n’est pas le maître du discours, n’en est pas moins toujours présent et actif, ayant précisément à accueillir la vérité en laissant le discours se déployer, tout commençant pour lui par la décision de philosopher (Encyclopédie, § 17), de penser dans soi-même la vérité. Enfin, concernant le christianisme, on peut voir en Hegel un penseur qui, loin de produire une idole conceptuelle et de supprimer le mystère (p. 205-222), s’efforce de penser l’unité spirituelle, dans la différence, du divin et de l’humain, et la révélation comme révélation du mystère inépuisable.

Philippe Soual (Professeur en classe préparatoire, Angoulême)