Matteo Bonazzi, jeune chercheur de l’Université de Milan, s’est proposé dans ce livre non seulement d’analyser de façon historique l’interprétation derridienne de Hegel, mais aussi de comprendre ce qui se passe, du point de vue théorique, entre Hegel et Derrida : « notre question – écrit Bonazzi – surgit sur ce seuil, entre Hegel et Derrida, en essayant de comprendre un penseur à travers l’autre, et entre les deux, ce nous qui écrit sur ce qu’ils ont dit » (p. 8). La thèse fondamentale de l’auteur est que la déconstruction derridienne de la philosophie hégélienne, du Livre qui renferme en soi le secret du temps et de l’histoire dans la transparence du concept (c’est-à-dire le logos occidental enfin transparent à lui-même), n’est pas un simple jeu conceptuel capable de montrer l’Abgrund, l’abîme, de l’archi-écriture derrière le Grund, le fondement, de la métaphysique et de ses figures manifestes ; il est bien plutôt le relais qui déclenche l’ouverture éthique de la dernière partie de la production de Derrida : « Derrida nous aide non seulement à dévoiler l’autre Hegel, dans le sens du Hegel du texte, mais à découvrir l’Autre que Hegel. Autrement dit, Derrida interprète Hegel non […] pour dire quelque chose de Hegel ou au-delà de Hegel, mais pour faire quelque chose avec […] et grâce à Hegel » (155). Thèse suggestive qui cependant aboutit, du point de vue théorique, à une éthique de l’écriture dont le contenu semble vide, incapable de saisir les différences entre la matérialité et la temporalité des pratiques.
Vittorio Morfino (Université Milano Bicocca)