Mäder part de la phrase de la Constitution de l’Allemagne selon laquelle « L’Allemagne [de 1801] n’est plus un Etat » et des arguments invoqués par Hegel à l’appui de cette affirmation pour répondre par la négative à la même question appliquée à l’Allemagne de 2001. L’ouvrage se compose de deux parties. La « Partie générale » s’emploie à définir les concepts d’Etat, de souveraineté et de constitution. Mäder entend l’Etat comme souveraineté absolue tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. L’Etat, défini comme union des forces en un tout, reçoit pour seuls critères « l’effectivité et la pérennité » (p. 21), et Mäder rejette tout contractualisme, tout libéralisme et toute définition de l’Etat comme ordre juridique. Au nom de la souveraineté extérieure, Mäder attaque le cosmopolitisme d’inspiration kantienne. Il cite Hegel, mais l’analyse peu. Il s’appuie essentiellement sur l’interprétation de Hermann Heller et sur la théorie politique de Carl Schmitt. La « Partie particulière » affirme que l’Etat n’est « rien d’autre que la puissance », par laquelle Mäder entend les « puissances » financière et guerrière et les « pouvoirs » territorial et juridique (p. 60). Mäder applique ces notions à l’Allemagne de 2001, qui a cessé d’être un Etat, sous l’effet du libéralisme cosmopolitique en général et du processus d’intégration européenne en particulier, lequel est et restera inapte à fonder un Etat, et viole la Loi fondamentale de la République fédérale, constitution d’un Etat effectif. Ne peuvent devenir des Etats que les pays qui ont commencé par se donner une constitution politique, et non pas une union douanière et monétaire et une libre circulation des personnes et des biens. Un autre préalable est l’existence d’un peuple. Or, il n’y a pas de peuple européen. Mäder procède par affirmations dogmatiques et citations provenant exclusivement d’auteurs très conservateurs : des juristes tels que Paul Kirchhof, des essayistes politiques tels que Arnulf Baring, etc.

Jean-Christophe Merle (Université de Tours)