La parution de cette nouvelle édition de notes restituant un cours de Hegel est un petit événement car, des sept semestres où Hegel a fait cours sur la philosophie du droit, le semestre d’hiver 1821/1822 était le seul pour lequel on ne disposait jusqu’à présent d’aucun témoignage accessible ; c’était d’autant plus gênant que c’était la première occasion qu’eut Hegel de faire cours en s’appuyant sur son manuel (on sait qu’il lisait chaque paragraphe puis le commentait plus ou moins longuement). L’auteur du manuscrit édité par H. Hoppe (il s’agit, montre-t-il, d’une Mitschrift, donc de notes prises en cours, plutôt que d’une Nachschrift composée après coup) est inconnu, et son travail est loin d’être satisfaisant, puisque le manuscrit abonde en coquilles et erreurs de compréhension manifestes, que la seule lecture du texte des Grundlinien eût permis de rectifier. Le texte comporte aussi des lacunes (absences? inattention?) et, surtout, s’interrompt au tout début de la théorie de l’Etat (très précisément au § 260 du manuel). Il sera néanmoins pour la Hegelforschung un instrument de travail précieux. La doctrine de l’esprit objectif, grâce à l’impulsion donnée dans cette direction par le travail pionnier du regretté Ilting (qu’on soit ou non d’accord avec les intentions qui y ont présidé), est ainsi la partie incontestablement la mieux documentée du système. C’est d’ailleurs normal, étant donné l’importance toute particulière que lui a accordée Hegel dans son enseignement depuis Heidelberg et, littéralement, jusqu’à son dernier souffle. La présentation de H. Hoppe montre en quoi la publication de ce texte contribue à nourrir le vieux débat ouvert par Ilting (et, en France, par J. D’Hondt) sur l’existence d’une doctrine ésotérique de Hegel, dont l’expression serait à retrouver dans les cours. Le recenseur considère que la position moyenne adoptée par l’éditeur du texte (ni le rigorisme n’accordant de valeur qu’aux textes publiés; ni le révisionnisme opposant le vrai Hegel, le Hegel secret, à un Hegel exotérique masquant sa véritable pensée) est, toutes choses égales par ailleurs, la plus satisfaisante.

Jean-François Kervégan, Université de Paris I

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