L’ouvrage du Pr. Guzzoni est un cours constitué de quatorze leçons données en 2003/2004 à l’Université de Freiburg. Son titre a quelque chose de trompeur. On s’attendrait en effet à une discussion centrée sur la question de la métaphysique et sur la thèse de son « accomplissement » hégélien. Or, malgré quelques références (en fin d’ouvrage) à Heidegger ou à l’Ecole de Francfort qui eussent pu fournir de sérieux appuis, ces thèmes ne sont pas véritablement travaillés ni même seulement définis. Ce que l’auteur nomme « métaphysique » est synonyme de « tradition philosophique » (p. 13, l’auteur déclare ainsi: « comme [je l’ai] annoncé, je commence par un bref regard rétrospectif sur l’histoire de la philosophie occidentale »). La perspective de l’auteur consiste donc simplement à montrer (ou à décrire) comment Hegel s’inscrit dans l’histoire de la philosophie. Les sept premières leçons cherchent à situer Hegel dans cette histoire (et à voir comment lui-même se situe) par rapport à l’origine présocratique (Leçons II et III) puis à l’instauration platonico-aritotélicienne (Leçons IV et début de V) et enfin à la modernité cartésienne (Leçon V) et surtout kantienne (Leçons V à VII). Après avoir accompli cette tâche, la suite du cours effectue quelques incursions souvent éclairantes dans le système : Phénoménologie de l’esprit (Leçon VIII), Science de la logique (Leçons IX et X), Philosophie de la nature (Leçon X), Philosophie de l’esprit (Leçons XI et XII). Le mérite de l’auteur est d’éviter le piège du résumé ou de la vue surplombante (à l’exception peut-être de la Leçon XII consacrée à l’esprit objectif et plus précisément à la Sittlichkeit). Après avoir donné quelques principes généraux d’interprétation de chaque grande sphère du système, il choisit d’approfondir tel ou tel point. On trouve ainsi avec intérêt des remarques suggestives sur l’imagination et le langage (Leçon XI). Les trois dernières leçons se demandent comment peut s’effectuer à la fois un « adieu à Hegel » (p. 132) qui soit aussi une façon de penser avec lui (même lorsqu’il s’agit de l’affronter ou de tenter de le réfuter). Deux lignes d’inspiration guident alors l’auteur. La première va de Feuerbach à Adorno en passant par Marx (critiques de la dimension théologique, idéaliste ou identitaire de la philosophie spéculative). La seconde accompagne Heidegger et se centre sur la relation aux anciens Grecs et la question de la différence entre être et étant. Dans les deux cas, il s’agit davantage de remarques générales, qui indiquent des thèmes de réflexion, que de la mise en œuvre de cette réflexion même.

Au total, l’auteur nous offre un ouvrage qui a le mérite de la clarté, qui peut guider les lecteurs débutants mais laissent un peu sur leur faim les chercheurs qui, se fiant au titre, espèreraient trouver un dossier plus précis sur la place et la signification de Hegel dans l’accomplissement de la métaphysique.

Bernard Mabille, Université de Poitiers

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