Une fois évoqués les « lieux communs » qui font obstacle à la compréhension du hégélianisme (représentations courantes de la dialectique, de la ruse de la raison, de la fin de l’histoire, du rôle du combat maître-serviteur, de l’identité du rationnel et de l’effectif), J.-F. Kervégan traite du chemin vers le système de Tübingen à Iéna puis du système lui-même, présenté ici à travers l’analyse du contenu de la Phénoménologie, de la Logique, de la Philosophie du droit et de la conception de l’Esprit absolu que développe la fin de l’Encyclopédie. Outre la clarté extrême du propos, on soulignera la précision d’une approche qui va constamment à l’essentiel sans négliger pour autant le détail des textes, et qui s’efforce de prendre en compte les apports de la recherche récente sur un certain nombre de thèmes décisifs: statut et structure de la Phénoménologie, signification de la Logique, rôle du droit abstrait, articulation entre Etat et société civile, « dilemme fécond » (p. 51) qui contraint le système à se donner pour la philosophie ultime, alors même que sa compréhension de la systématicité, excluant toute clôture, interdit une telle prétention. A l’évidence le livre de J.-F. Kervégan constitue l’une des meilleures introductions à la pensée de Hegel dont dispose le lecteur francophone.
Jean-Michel Buée, Université de Grenoble II
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