Le présent ouvrage rassemble pour l’essentiel des contributions de l’auteur qui ont déjà été publiées et développe une vaste série de réflexions générales sur le rôle de la philosophie, à propos de la logique, de la théorie de la connaissance, de la philosophie hégélienne des mathématiques, à quoi s’ajoutent des considérations sur la philosophie de la nature, l’éthique et l’histoire de la philosophie, ainsi qu’une confrontation avec la philosophy of mind contemporaine. L’une des pensées directrices de l’ouvrage concerne les explications causales déterministes et la façon dont elles circulent de nos jours, en particulier dans le champ des neurosciences, « comme une partie d’une forme de praxis particulière, extrêmement limitée en son sens et en sa portée » (p. 15); en elle résiderait le « noyau » de l’idéalisme objectif ou absolu (ibid.). Cette pensée directrice d’un primat de la praxis du monde de la vie se trouve étayée de manière conséquente dans un dialogue constant avec Platon, Kant et Hegel, et l’un des mérites du livre tient assurément à ce que la logique de Hegel se trouve libérée de cette perspective trop étroite qu’est la « forme introspective d’une relation à soi dans le cadre de la réflexion transcendantale » (p. 37); bien au contraire, il serait préférable de concevoir la conscience de soi comme un but final et non comme un point de départ de la réflexion philosophique que l’on connaîtrait par avance. Il est indéniable que les catégories de la logique sont toujours déjà aussi des catégories pratiques et sociales; on peut néanmoins se demander si la dialectique selon Hegel se réduit à n’être que « l’analyse critique d’une telle praxis (discursive) présupposée » ayant « en vue l’idée de la vie commune bonne » (p. 159). Qu’en est-il de l’autodestruction des catégories, de la façon dont elles sont considérées dans leur pureté et en elles-mêmes, et non pas dès le départ dans l’horizon d’une praxis vitale se manifestant comme leur substrat? Les contradictions sont-elles uniquement « des problèmes importants » auxquels on « prête attention au sein d’une telle praxis » (p. 186) et qui devraient être résolus avec une moindre peine « par le respect des différents points de vue » (p. 342) au sein d’un « projet scientifique communautaire » ou d’une « vie humaine » (p. 315)? Dieu, en tant que « concept ou idée » est-il vraiment pour Hegel « l’ensemble des possibilités de saisie spirituelle du monde » (p. 312) et la théorie hégélienne de l’esprit absolu est-elle vraiment l’explication d’une représentation directrice dans le cadre d’un idéal culturel (vers la p. 62)? L’auteur souligne cependant en guise de préliminaire qu’il ne s’agit aucunement pour lui de s’adonner à une reconstruction littérale, notamment des transitions, mais uniquement « d’une représentation d’ensemble dont on espère qu’elle va dans la bonne direction » (p. 11).
Wilfried Griesser, Université de Vienne (trad. O.T.)
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