Ce volume réunit onze contributions qui sont autant de « lectures » singulières de Hegel rassemblées ici pour satisfaire à l’exigence, énoncée en introduction, d’« ouvrir le système ». Érudites ou plus franchement interprétatives, ces études sont toujours soucieuses d’aborder le hégélianisme selon les effets qu’il produit dans l’histoire de la pensée. Plus qu’un livre de plus « sur Hegel », il s’agit donc d’un témoignage sur la diversité, la richesse, mais aussi le retard de la « réception française » de Hegel, un thème sur lequel revient Bernard Bourgeois. La majeure partie du volume est constituée de textes déjà parus mais devenus difficiles d’accès, on trouvera aussi quatre études inédites. Parmi ces « lectures de Hegel », certaines constituent des interprétations d’ensemble du discours hégélien, il en va ainsi de l’article de Théodore Geraets sur les syllogismes conclusifs de l’Encyclopédie ou de l’analyse patiente et inspirée de la critique de la solution kantienne aux antinomies par Gérard Lebrun. Les articles réunis dans ce volume couvrent à peu près l’ensemble du système de la maturité et se laissent organiser selon trois axes principaux. (1) L’étude des articulations internes au hégélianisme (le rapport entre la Phénoménologie et la Science de la Logique, l’équivocité du concept de « dialectique », le statut de la Naturphilosophie). (2) Une large part est faite à l’inscription de la pensée hégélienne à l’intérieur de l’histoire de la philosophie: la confrontation avec le prédécesseur essentiel (Kant), le statut de Hegel à l’intérieur de l’histoire de la métaphysique et de la lente éclosion, chère à Heidegger, du « principe de raison » ou le problème, devenu classique, de la « sortie » hors du hégélianisme telle qu’elle a été espérée plus qu’accomplie par Kierkegaard, Nietzsche et Marx. (3) On remarquera enfin l’importance accordée à la philosophie pratique en un sens large qui témoigne bien de la tendance actuelle de la recherche hégélienne en France. C’est le statut de l’« esprit objectif » qui vient ici au premier plan, la portée d’un discours philosophique qui refuse l’alternative du théorique et du pratique en même temps que celle du système et de la vie, le sens d’une philosophie de l’histoire perçue le plus souvent comme l’ultime refuge de l’optimisme métaphysique et l’analyse des tensions internes à la sphère de la Sittlichkeit, en particulier entre la société civile et l’État. La traduction par Olivier Tinland d’un manuscrit de 1807 (« Qui pense abstraitement? ») rappelle opportunément que Hegel fût aussi un polémiste qui a su reproduire dans son style cette ironie objective qu’est la dialectique.
Michaël Foessel, Université de Dijon
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