Le texte de Bernard Bourgeois, qui présente en mode très concentré l’Encyclopédie des sciences philosophiques de Hegel, ne vise ni à résumer l’œuvre ni à fournir un appareil explicatif extra-hégélien destiné à faciliter l’entrée dans un discours qui se veut lui-même le développement total des positions successives de l’esprit se comprenant lui-même. Il s’agit plutôt de définir la scientificité du propos hégélien en sa nature proprement spéculative, à laquelle est opposée, sans exclusion ni contradiction, l’acception positive du savoir, et de produire une compréhension de Hegel depuis Hegel, c’est-à-dire depuis les exigences de la conception hégélienne de l’esprit. Le texte comporte trois parties: une présentation, des textes commentés et un vocabulaire. Bernard Bourgeois commence par discriminer l’Encyclopédie hégélienne et le projet encyclopédique des Lumières. Plus précisément, la rationalité spéculative repose, c’est un point capital aux yeux de Bernard Bourgeois, sur une « libre invention du nécessaire » (p. 21). Il ne peut en effet y avoir de sens de l’être que parce que l’être n’est pas d’abord nature mais esprit. L’opposition de la nécessité et de la liberté, déjà patente dans la transition décisive de la logique de l’essence à la logique subjective, permet de faire surgir la prérogative propre du concept, la création, à laquelle Bernard Bourgeois oppose la tâche productrice spécifique de l’essence. Si on ne peut admettre de devenir-esprit de la nature mais seulement un devenir-nature de l’esprit, alors la philosophie de l’esprit est « la transposition conceptuelle de la représentation chrétienne de l’esprit comme Incarnation » (p. 39), ainsi, la négation de la nature est-elle la négation de l’esprit consentant à sa propre négation comme non-être (la nature n’est rien en dehors de l’esprit) qu’il ne possède véritablement que de l’avoir posée dans sa totale extériorité avec lui. L’esprit advient alors tel qu’en lui-même, identité concrète de l’identique et du non-identique, esprit absolu. De là l’optimisme époustouflant du hégélianisme qui démontre ce qui gît déjà en chaque parole: que le sens est indestructible, infiniment présent, malgré tout et partout.

Isabel Weiss, Université de Boston

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