Les Cours d’esthétique publiés par Hotho de 1835 à 1842 ont largement contribué à la gloire de Hegel, tant le texte est accessible et brillant. Cependant, dans la mesure où il y a lieu de s’interroger sur la fiabilité du travail de compilation et de réécriture réalisé par Hotho, il est utile d’examiner les autres témoignages relatifs aux leçons sur la philosophie de l’art professées par Hegel. Le document rendu disponible par Alain Patrick Olivier a l’originalité d’être, dès l’origine, écrit en langue française. Il s’agit d’un élément des Archives Cousin de la Bibliothèque de la Sorbonne. En effet Victor Cousin, vivement intéressé par le hégélianisme, s’était préoccupé de se faire envoyer la version française d’un cours de son collègue berlinois. Dans l’étude précise qui ouvre l’ouvrage, Alain Patrick Olivier rappelle quelques aspects de la relation entre Hegel et Cousin : première rencontre en 1817 à Heidelberg, nouvelle rencontre en 1824 à Dresde, arrestation de Cousin et transfert à Berlin, intervention de Hegel, libération après plusieurs mois d’emprisonnement puis de résidence surveillée, découverte par Cousin du cercle hégélien de Berlin, correspondance avec le maître et ses disciples, ultime rencontre entre Cousin et Hegel à Paris en 1827, brouille relative à la suite d’une accusation de plagiat… L’éditeur déduit que le cahier, sans aucune référence, correspond au cours 1823. Il a été reçu par Cousin entre le printemps 1825 et le printemps 1828, et peut avoir été traduit par Léopold von Henning, l’auteur des additions posthumes de la première partie de l’Encyclopédie. La traduction est de grande qualité, même si, bien évidemment, les choix terminologiques prêtent à discussion. La pensée de Hegel est rendue avec une clarté et une pénétration surprenantes. Loin de provenir de la transcription scolaire du cours, elle procède au contraire d’un travail d’analyse et de réorganisation du propos hégélien, un travail d’une remarquable force pédagogique. Le texte se termine par l’évocation des « enchanteurs d’Afrique »: faut-il y voir, comme le veut l’éditeur, une affirmation qui « bouleverse la conception traditionnelle du passage de l’art à la religion » (p. 30)? Même s’il est permis de voir dans ce dernier point une interprétation quelque peu forcée, cette édition constitue, indubitablement, un travail solide et utile.
Gilles Marmasse, Université de Paris IV
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