L’ouvrage de Francesco Berto constitue une interprétation de la dialectique hégélienne comme théorie sémantique, c’est-à-dire comme théorie générale de la signification. En tant que telle, l’idée n’est pas nouvelle, puisque sous des formes variées elle a été ébauchée par des auteurs comme Fulda, Marconi ou Brandom (pour s’en tenir à quelques exemples), mais Berto est peut-être le premier à proposer une étude complète de la méthode hégélienne et de ses concepts-clés tout au long de cet ouvrage. Il parvient à réaliser cette tâche en transposant pour une grande part le propos de Hegel dans l’idiome de la philosophie contemporaine anglo-américaine, en ayant à cœur de montrer que la perspective hégélienne ne présente pas seulement un intérêt historique mais peut également concerner les théoriciens contemporains. En effet, sa thèse centrale (très proche de la perspective de Brandom, qui l’a beaucoup influencé) est qu’en comprenant ce qu’est la dialectique hégélienne et comment elle fonctionne, nous parvenons à discerner les lignes fondamentales d’une prometteuse théorie de la signification. L’ouvrage est divisé en deux parties. Dans la première, Berto s’attache à montrer que l’opinion fort commune selon laquelle Hegel serait un ennemi – voire l’ennemi – du principe de non-contradiction est tout simplement fausse. L’auteur démontre de façon détaillée que les contradictions sont inacceptables du point de vue des critères hégéliens eux-mêmes et que faire appel à la logique paraconsistante pour donner un sens à la dialectique hégélienne n’est par conséquent guère nécessaire. Ensuite – c’est la seconde partie du livre – l’auteur tente de construire sa propre interprétation de la dialectique hégélienne comme théorie sémantique. Le cœur de sa théorie, que Berto appelle une sémantique holistique individualiste, est que l’idée de déterminité du contenu conceptuel (ce qui fait d’un contenu ce contenu) dépend essentiellement de sa relation avec les autres concepts, et plus spécifiquement des relations d’incompatibilité (ce que Hegel appelle la négation déterminée). L’ouvrage explore cette thèse avec minutie et s’achève par la mise en évidence de trois dogmes de la dialectique hégélienne dont, selon Berto, nous devrions nous débarrasser.
Giorgio Bertolotti, Université de Milan-Bicocca (trad. O.T.)
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