L’ouvrage est la publication de la thèse de doctorat de l’auteur. Il s’agit d’un commentaire très précis du chapitre sur la Mécanique de la chaleur de la Philosophie de la nature d’Iéna de 1805-06, dont l’enjeu est d’éclaircir la dimension philosophique et historico-scientifique des développements sur la mécanique de la chaleur. Leur difficulté et leur obscurité reflètent pour une grande part celles de l’objet même de la seconde partie de la Philosophie de la nature, domaine de la corporéité finie et de ce qui est soumis à la différence. L’un des mérites de cette étude est de montrer qu’il y a un intérêt à la thématisation naturphilosophique de la doctrine de la chaleur, à son traitement philosophique des phénomènes de la chaleur, étant donné la conception hégélienne des rapports de la philosophie aux sciences. Dans un contexte historico-scientifique marqué par l’absence d’unité disciplinaire de la physique et de la chimie et d’une théorie physique véritablement établie de la chaleur, cette conception ne peut que susciter l’attention, ne serait-ce que parce qu’elle affirme que la philosophie doit avoir pour condition et présupposition la physique empirique et s’efforcer de traduire en concept l’universel d’entendement en montrant comment il procède du concept. Il s’agit alors pour l’auteur de dégager la spécificité des analyses hégéliennes en les situant dans un double contexte, philosophique et scientifique. Les sources philosophiques sont indiquées et discutées dans la mesure où elles ont contribué à forger la théorie hégélienne de la chaleur: théorie aristotélicienne des éléments et de la chaleur, réflexions de Baader sur le rayonnement calorique, critique schellingienne de la matière calorique. Puis sont discutées, dans le cadre d’un commentaire très détaillé du texte d’Iéna, les sources scientifiques de Hegel, les théories et travaux scientifiques dont il discute les principes et les problèmes théoriques soulevés. La dernière partie dresse l’évolution de la doctrine de la chaleur dans l’œuvre de Hegel jusqu’à l’exposé de l’Encyclopédie de Berlin. Même si Hegel admet que la chaleur n’est pas un corps subsistant par soi et l’envisage plutôt comme la modification de la cohésion d’un corps, il n’y a pas encore, à Iéna, de critique véritable du calorique. De même, les concepts utilisés (chute, corps…) renvoient encore à la mécanique, là où la doctrine de la chaleur supposerait de s’élever à la physique de la matière individualisée. Les textes de l’Encyclopédie de Berlin mobiliseront, quant à eux, des concepts et des théories (celles de Rumford) qui supposent la réfutation définitive de la théorie du calorique.

Christine Daluz, Paris

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