Le livre d’Antonio Moretto est consacré à la compréhension du rôle et de la signification des mathématiques et de la mécanique dans le cadre du système philosophique de Hegel. Il s’agit d’une analyse qui revêt un intérêt considérable et qui a le mérite, parmi d’autres, de nous débarrasser des préjugés d’après lesquels Hegel serait avant tout un philosophe de l’Esprit, peu ou nullement intéressé pas les sciences exactes et empiriques. En effet, cet ouvrage reconstruit de manière détaillée le grand intérêt de Hegel pour les sciences et sa vaste maîtrise des résultats des mathématiques et de la physique de son époque. Hegel n’avait point négligé les sciences, bien au contraire, il s’était proposé d’en fournir une compréhension philosophique, fondée sur l’analyse de ses concepts fondamentaux et sur l’intégration de ceux-ci dans son système.

L’auteur développe son analyse en se servant d’une approche historico-génétique. Par conséquent, il soumet l’évolution de la pensée de Hegel à des analyses minutieuses, au sujet du thème en question, dans lesquelles il prend en considération les écrits de jeunesse de Jena, la Propédeutique philosophique, la première édition de la Science de la Logique de 1812-16, l’Encyclopédie dans les éditions de 1817, 1827 et 1830 et la dernière édition de la Science de la logique de 1830.

L’ouvrage se compose de deux parties, précédées par une introduction. Celle-ci a pour objet le problème général de la classification des sciences et de l’évolution de la pensée hégélienne sur la conception des mathématiques et de la mécanique. La première partie concerne le rôle et la signification des mathématiques dans le système. À ce sujet Moretto considère les différents niveaux d’analyse des mathématiques chez Hegel. En effet, les mathématiques sont traitées par Hegel aussi bien dans la logique que dans la philosophie de la nature, et cela, apparemment, constitue une difficulté conceptuelle et systématique que Moretto, pourtant, se montre capable de résoudre de manière convaincante. Il développe une étude de l’analyse des concepts mathématiques menée dans la doctrine de l’être, dans celle de l’essence e du concept, laquelle est suivie par une étude de l’analyse des mathématiques dans la philosophie de la nature. La deuxième partie s’acquitte d’une tâche similaire, cette fois-ci concernant la mécanique. Elle traite tout d’abord les questions de l’espace, du temps, de la matière et du mouvement, et, ensuite, la confrontation plus directe entre Hegel et la science mécanique de son époque, en prenant en considération la mécanique de Newton, le concept de force, la loi d’inertie, la friction et la loi de la gravitation universelle. Cette section est suivie d’un chapitre consacré à la notion de mécanisme.

Parmi les différents thèmes traités, il y a celui de l’infini et de la quantité infinitésimale en mathématique. Il s’agit d’un problème qui était devenu très important après Leibniz et Newton, et qui, au cours du XIXe siècle avait fait l’objet de nombreuses recherches visant à donner à l’analyse un fondement conceptuel plus solide. Il faut d’ailleurs souligner que, encore aujourd’hui, le problème n’a pas cessé d’être au centre de plusieurs débats. Moretto le traite en présentant la position hégélienne, qui semble anticiper des idées sur l’infinité comme totalité en acte aujourd’hui largement acceptées.

Federico Perelda (Université de Padoue)

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