Dans leur introduction, les éditeurs définissent l’esprit des contributions, issues d’un colloque organisé à l’université de Vienne. Les sciences modernes de la nature ne furent ni ignorées ni méprisées par Hegel et, si celui-ci en reçoit globalement les principes, c’est dans un même mouvement qu’il entend marquer les limites de ces sciences et du concept de la nature qu’elles présupposent. Or, c’est relativement aux exigences conceptuelles que porte une philosophie de l’Esprit que de telles limites peuvent être assignées. Il importe donc de se rendre attentif tout à la fois aux articulations et aux préoccupations propres à la philosophie hégélienne de la nature, d’une part, et à la position médiane de celle-ci dans l’ensemble du système de la science, d’autre part. Les différents auteurs n’entendent pas cependant avaliser toutes les critiques que Hegel adresse aux sciences classiques de la nature mais assumer le sens et la portée du questionnement qui les porte. Toutes les contributions s’ordonnent à l’exigence de prêter sens à la formule hégélienne qui forme le titre de l’ouvrage : « traduire la nature dans le concept ». Les trois premières (R. Washner, E. Oeser, U. Richli) examinent le statut de l’universel en considérant le sens spéculatif de la notion de loi, lequel excède et réenveloppe celui que lui confère la physique classique. Les quatre suivantes sont en unité de préoccupation parce qu’elle mettent l’accent sur la paradoxale réhabilitation de la téléologie par Hegel. C’est ainsi que H-D. Klein, étendant la réflexion jusqu’à Einstein et Heisenberg, montre que l’idée d’un concept systématique de la nature ne peut que s’opposer à toute ontologie mécaniste. G. Marmasse, se référant aux leçons de 1825-26, insiste sur le fait que l’universel n’est pas trouvé dans la nature mais produit par l’esprit philosophant. Enfin, T. Posch, revenant sur la critique hégélienne du concept de force, montre que celle-ci s’autorise du concept aristotélicien de forme pour donner accès à une pensée du procès concret d’individualisation des corps. C’est sous un autre angle que T. Auinger commente le propos de Hegel selon lequel la nature est et reste un problème, puisqu’il se réfère alors au philosophe américain R. Brandom. L’article de W. Griesser, ajouté aux contributions précédentes, s’offre à apporter un éclairage neuf sur la fondamentale question de l’articulation des trois grands ensembles de l’Encyclopédie. L’ouvrage s’achève avec, à titre d’annexe, l’introduction du manuscrit H.W. Dove de la Leçon sur la nature de 1825/26, déchiffrée par Th. Posch et G. Marmasse. La qualité des interventions et des débats qui nous sont donnés à lire ne peut que constituer une invitation faite à la philosophie française de poursuivre son effort d’ouverture à la philosophie hégélienne de la nature.
Alain Lacroix, professeur en classes préparatoires à Aix-en-Provence
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