Ce ouvrage collectif, riche et varié, est susceptible d’intéresser les philosophes et historiens des sciences aussi bien que les spécialistes de l’Idéalisme allemand. Constitué de 13 articles, il peut être considéré comme le volume des actes d’un colloque organisé par le Max Plank Institut de Berlin en août 2004. L’objectif poursuivi est, d’une part, de caractériser les traits fondamentaux de la vision mécaniste du monde, d’autre part, d’étudier les formes de sa critique dans l’Idéalisme allemand en général et chez Hegel en particulier. Une première série de contributions s’efforce de distinguer la mécanique classique, en tant que programme scientifique dont les formulations classiques sont cherchées tantôt chez Descartes (Fleischhacker) tantôt chez Newton, et le mécanisme (ou la vision mécanique du monde), en tant que formulation philosophique de ce programme. On retiendra notamment l’idée que la mécanique classique n’est pas mécaniste, et que le mécanisme, en tant que position philosophique, doit être l’objet d’une critique épistémologique (d’un examen des limites de sa conformité avec la mécanique) et natur-philosophique (d’une discussion de sa capacité à valoir comme paradigme pour la nature dans son intégralité) (von Borzeskowski). Une seconde série de contributions analyse la manière dont l’Idéalisme allemand fait de l’organisme le pivot d’une critique du mécanisme. C’est tout d’abord la manière dont Kant réinterprète la physique newtonienne (Washner) et oppose mécanisme et organisme (Sell, McLaughlin) qui retient l’attention. Mais dans ce volume, Kant est surtout présenté comme l’origine de thèmes et de problèmes reformulés par Hegel (Rinaldi, De Vos). Plus originaux apparaîtront les articles consacrés à la manière dont Schelling et Hegel réfléchissent le changement de paradigme qui conduit de l’histoire naturelle à la « biologie » (Warnke) et à la confrontation des concepts d’organisme chez Hegel et Whitehead (Csikos). Une troisième série d’interventions aborde le problème d’un point de vue aussi inhabituel en s’attachant à la mécanique comme technique et comme pratique (Damerow) et à la place que le concept d’outil occupe dans l’analyse hégélienne de la téléologie (Bonsiepen). Cette approche permet notamment de reprendre à nouveaux frais l’examen de la critique marxienne de Hegel (Arndt, Bondelli).
Emmanuel Renault, ENS/LSH (Lyon)
Reproduction interdite