L’auteur indique que c’est son intérêt actuel pour le concept d’auto-réalisation qui l’a incité à écrire ce livre, qui tend à montrer en quoi le Soi doit être pensé comme rapport de la singularité et de la communauté. Joosten examine le concept de Soi dans sa relation avec ceux de substance et de sujet. Les antécédents historiques sont ici fournis par Descartes, Herder et Hegel: « La tâche principale à laquelle le présent travail se voit assigné est par conséquent de retracer, d’un point de vue historique et philosophique, le développement actuel de la question du Soi comme résultant de l’évolution du complexe conceptuel qui associe le soi, la substance et le sujet » (p. 12). Il s’agit de montrer que le développement philosophique et historique de la pensée de l’identité personnelle, de Descartes à Hegel, doit être ramené aux trois concepts qui forment le titre de l’ouvrage. Descartes prépare cette problématique dans la mesure où il façonne un nouveau concept de subjectivité tout en restant attaché à la substance scolastique. Mais la conscience reste ainsi une conscience scindée, qui n’accède pas à son unité ni, par conséquent, à son auto-réalisation. C’est la théorie de l’expression de Herder qui, la première, met en évidence le besoin d’unité et la possibilité de l’auto-réalisation de la conscience. Avec cette théorie, un rapport réciproque du Soi et du monde, ou encore du sujet et de la substance est pensé. Avec la philosophie hégélienne, ce rapport est pensé dans un mouvement dialectique, si bien qu’ici le Soi se présente, pour la première fois, comme un mixte des deux autres concepts. La Phénoménologie de l’esprit est au centre de l’investigation, et plus particulièrement la dialectique du concept de force, qui, selon l’auteur, fournit la genèse de la conscience de soi. Il établit à cet égard la parenté structurale entre la force et la conscience de soi (p. 285). Cette interprétation constitue en même temps une bonne introduction au chapitre sur « Force et entendement » dans la Phénoménologie de l’esprit. Pour finir, l’auteur en vient à la problématique de la reconnaissance dans cette œuvre. La thèse alors défendue est que « le désir de reconnaissance réciproque échoue à cause de la moralité de la conscience de soi, qui nécessairement n’est qu’une forme intériorisée de maîtrise. Celle-ci, aux yeux de Hegel, ne peut être ‘supprimée’ que dans la première étape de l’esprit » (p. 14). L’ouvrage fait la synthèse d’un grand nombre de concepts, de considérations et de prises de position tirées de l’histoire de la philosophie, relatifs au thème du Soi, et qui tendent à déterminer celui-ci dans ce qu’il a d’actuel.

Annette Sell, Université de Bochum, Hegel-Archiv (trad. G.M.)

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