Le magnétisme animal, c’est-à-dire l’hypnose telle qu’elle a été pratiquée et théorisée par Mesmer et ses disciples, est invoqué dans la troisième partie de l’Encyclopédie à un double titre. En premier lieu il révèle la capacité qu’a l’esprit d’idéaliser les déterminations naturelles de l’espace et du temps puisqu’il provoque, pense Hegel, des phénomènes de perception à distance et de vision anticipée d’états futurs. Comme objet d’étude il constitue, d’une certaine manière, une stimulation puissante à la spéculation. En second lieu cependant, il témoigne de la faiblesse de l’esprit subjectif comme âme anthropologique, c’est-à-dire en son moment inchoatif. Que l’âme puisse tomber sous l’influence du magnétiseur est l’indice de son manque d’autonomie et de contenu propre. François Roustang, psychanalyste défendant l’hypnose à des fins thérapeutiques, se propose d’enrôler Hegel sous sa bannière en retraduisant et en commentant les passages de l’Encyclopédie relatifs au magnétisme animal. Fallait-il proposer une nouvelle traduction du texte? L’auteur n’en apporte pas la démonstration puisque, pour les passages concernés, il reste au plus près de l’excellente traduction de la Philosophie de l’esprit publiée par Bernard Bourgeois en 1988. Certes, les deux versions sont continûment différentes mais les différences ne sont-elles pas continûment insignifiantes? Le commentaire évoque les succès du mesmérisme mais également les controverses auxquelles il a donné lieu. Précisément, il aurait été utile de se demander dans quelle mesure on peut considérer l’analyse hégélienne comme originale ou, au contraire, comme fidèle aux théories en vogue à son époque. L’auteur insiste à juste titre sur la « place de choix » qu’a le magnétisme animal dans l’Encyclopédie de Hegel, mais omet malheureusement de le rapporter à la conception que se fait Hegel de l’esprit. Un certain nombre de considérations sur l’âme anthropologique retiennent l’attention mais on aimerait alors des explications et des éléments de justification: « L’âme est une modalité du sentir, c’est le sentir qui est le verbe et l’âme qui est l’adverbe » (p. 22). « Les potentialités, non encore existantes, sont des capacités et donc des forces où cet individu va pouvoir venir puiser. Ce sont des puissances qui s’agitent et qui se pénètrent les unes les autres pour laisser venir la possibilité de nouvelles connexions » (p. 23). Le thème est passionnant, mais le résultat laisse une impression de confusion.
Gilles Marmasse, Université de Paris IV
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