Le volume réunit une série d’articles concernant l’Esthétique hégélienne couvrant ses fondements (1ère partie), sa « phénoménologie » (c’est-à-dire les analyses concrètes, 2e partie) et son « actualité » (3e partie). Nombre de contributeurs appartiennent au cercle de chercheurs liés au Hegel-Archiv de Bochum, ce qui par ailleurs caractérise le style général de l’ouvrage. Parmi les nombreux articles, je signale tout particulièrement celui de Brigitte Hilmer qui, sur les traces de son livre antérieur sur l’Esthétique de Hegel, expose ici une logique de l’ « incorporation » du sens par l’œuvre d’art en reprenant librement la théorie de l’ « exemplification » au sens de Nelson Goodman, et en posant le corps en quelque sorte comme signifiant-pivot de l’œuvre d’art – essai intéressant par sa tendance à une reformulation rigoureuse de thèmes hégéliens dans un champ (celui de la structuration du sens dans le domaine de l’art) qui reste, jusqu’à ce jour, très obscur. Lu de Vos reste plus dans le domaine des formules proprement hégéliennes, s’il essaie de réhabiliter la métaphorique de la vie pour décrire l’œuvre d’art qui prévaudrait, selon lui, sur celle de l’apparaître du concept au moins dans les dernières versions non encore publiées des Conférences sur l’Esthétique. Walter Jaeschke rappelle à juste titre la place prépondérante de la religion dans la conception hégélienne, non sans souligner que ceci implique un point de vue sécularisé sur la religion (p. 107). Klaus Düsing place le prétendu classicisme hégélien d’une façon pondérée entre les deux fonctions, l’une an-historique, de la mesure commune des formes de l’art, l’autre historique, d’une forme datée et intégrée dans le contexte culturel et social qu’on connaît. L’aspect proprement historique et social est mis en avant aussi par Elisabeth Weisser-Lohmann dans sa lecture de l’Antigone hégélienne et des textes relatifs du jeune Hegel qui conçoivent les tragédies grecques comme autant d’interprétations du destin des individus dans leur rapport aux institutions naissantes. D’autres contributions concernent la peinture: Karsten Berr parle de la peinture de paysage chez Hegel, Otto Pöggeler du rapport de ce dernier à Caspar David Friedrich et du climat politique de la restauration après les guerres d’indépendance qui teinta ce rapport. Parmi les études consacrés au rapport de l’Esthétique hégélienne à d’autres penseurs, je signale tout particulièrement celle de Wolfram Hogrebe qui présente d’une façon très nuancée la problématique schellingienne et sa récupération par Hegel, celle de Giovanna Pinna sur Solger et celle de Jean-Louis Vieillard-Baron qui décèle l’influence hégélienne davantage dans la mise en place des raisonnements que dans les thèses proprement dites de Malraux. Chez Gabriella Baptist qui propose une réflexion sur « l’essence de la poésie et l’avenir de la pensée », c’est Heidegger qui fait référence, même s’il n’y est cité qu’une seule fois.

Bruno Haas, Université de Paris I

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