La thèse de la « fin de l’art » est présentée par D. J. Kwon comme la double conséquence d’une conception de la vérité comme connaissance de l’absolu (chapitre I) et d’une théorie de l’esprit qui hiérarchise l’intuition, la représentation et la pensée (chapitre II). L’art en tant que mode de l’intuition se trouve ainsi subordonné; il ne peut plus prétendre (comme pour Schelling) à la plus haute valorisation comme vérité absolue. Kwon envisage alors la « thèse de la fin de l’art » (chapitre III) et montre, à la lumière de la recherche récente (les travaux de Gethmannn-Siefert en particulier et de Hösle), comment elle procède du programme initial de l’idéalisme allemand et d’un « adieu » par Hegel à l’« absolutisme esthétique » de sa jeunesse. L’un des arguments (immanents) les plus pertinents avancés en faveur de la fonction de vérité de l’art – en dépit de la « thèse » – demeure néanmoins la référence à la théorie de « l’humanus » comme la nouvelle sacralité qui garantit l’autonomie de l’art et achève « l’anthropo-théomorphisme » hégélien dans le contexte de la « fin de la religion ». De même, une alternative opposée à Hegel serait d’envisager que « l’art » vienne après et non avant la philosophie, qu’il « ré-objective » celle-ci et lui fournisse une base de rationalité sans remettre en cause la hiérarchie et le projet d’une « esthétique idéaliste objective ». Les critiques portées contre Hegel sont ainsi autant de tentatives pour sauver l’esthétique idéaliste. La difficulté, dans la thèse de Kwon, est qu’il réduit les « présupposés » de l’esthétique à une théorie formelle de la vérité et à une philosophie de la connaissance préalables, alors que les présupposés de Hegel sont beaucoup plus vaste (c’est l’ensemble du système qui est en jeu), en même temps que Hegel envisage aussi « l’art » pour lui-même et l’esthétique comme une discipline autonome. Les notions problématiques « d’art », de « fin », de « fin de l’art » (Hegel a-t-il même parlé de « fin de l’art »?) demanderaient encore à être analysées et critiquées en elles-mêmes afin de mettre « fin » effectivement au discours apocalyptique sur la « fin de l’art ».
Alain Patrick Olivier, Paris
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