R. Finelli, qui analyse ici les textes de jeunesse de Marx, de la thèse sur Démocrite et Epicure à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, entend souligner combien ces textes restent dépendants d’une métaphysique du sujet, qui, sous l’influence de Feuerbach, finit par prendre la forme d’une métaphysique du genre humain; aussi le « parricide » que Marx croit accomplir avec sa Critique du droit politique hégélien de 1843 serait-il un « parricide manqué »: sa cécité vis-à-vis de la théorie hégélienne de la société civile et des médiations complexes qu’elle met en œuvre aurait amené Marx à ne pouvoir opposer aux formes d’aliénation qu’il dénonce que l’immédiateté et la coïncidence à soi d’un sujet universel, incapable de faire droit à la dimension de la différence et de la singularité individuelle, y compris lorsque cette universalité acquiert la figure concrète du prolétariat. De ce point de vue, R. Finelli affirme, dans un chapitre spécifiquement consacré à Hegel, que, malgré une métaphysique de la conscience de soi qui la contraint à demeurer « idéaliste », la philosophie hégélienne a eu le mérite de concevoir le devenir de l’esprit comme un procès de présupposition-position dont la médiation qu’est le rapport à l’altérité forme le ressort essentiel. C’est pourquoi la conception hégélienne de la société et de l’Etat lui semble plus proche des réquisits d’un matérialisme authentique – même si l’auteur semble curieusement minimiser la portée des paragraphes que la Philosophie du droit consacre à la « populace » – que ne l’est la critique – fondamentalement « spiritualiste » – du jeune Marx.
Jean-Michel Buée, Université de Grenoble II
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