Les essais qui composent le volume, paru pour la première fois en 1956, constituent une enquête historique sur les racines de l’existentialisme. Dans le premier essai, Cornelio Fabro remet en question la célèbre critique de Hegel par Feuerbach; il fait observer que l’être ne se révèle pas seulement dans la sphère du sensible et qu’il ne peut non plus être ramené à une pure abstraction, mais qu’il faut plutôt considérer l’identité de la pensée et de l’être sous un angle différent. Dans le deuxième essai, l’auteur s’emploie à reconstruire historiquement la confrontation entre protestantisme et Église catholique, en suivant le fil conducteur de la redéfinition du rapport entre l’individu et l’Absolu. La troisième étude concerne la définition du noyau théorique de la philosophie de Kierkegaard: le problème de la foi lié au problème de l’existence. Selon Fabro, l’œuvre de Kierkegaard permet la redéfinition de la relation entre foi et raison en considérant la raison comme le garant des confins entre lesquels se situe la foi. La quatrième étude examine la philosophie de Kierkegaard comme la véritable expression du franchissement de l’instance de la pensée objective, conformément à un sens du sacré qui est propre au christianisme, au-delà de l’objectivation du sacré lui-même comme catégorie humaine universelle. La cinquième contribution analyse l’exigence, manifestée par la pensée de Kierkegaard, de vivre dans la tension soutenue à l’exemple du Christ, en niant toutefois la possibilité d’une relation dialectique avec Dieu. Dans la sixième étude, Fabro affirme que Kierkegaard peut être considéré comme catholique malgré la critique qu’il fait de la théologie et de l’Église catholique. Sa pensée mène au cœur de la problématique chrétienne du rapport entre l’homme et Dieu, thèmes épuisés par le paradoxe imposé par la foi. Dans les premières pages du septième essai, l’auteur souligne l’imprécision de l’antithèse entre idéalisme et existentialisme. Fabro retrouve dans la philosophie de Heidegger une trame qui reprend la réflexion de Kierkegaard sur la réduction de l’être à l’objet, c’est-à-dire à l’essence, et sur la réduction de la vérité à l’objectivité. En conclusion de sa réflexion sur la philosophie de Kierkegaard comme réflexion sur l’existant, l’auteur découvre en elle une solide proposition qui résout le rapport entre foi et raison: chaque style de foi est un style de connaissance qui se tourne vers la sphère de l’existentiel, alors que le connaître pur se rapporte seulement au formel.

Paolo LIVIERI, Université de Padoue

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