Cet ouvrage, issu d’un doctorat soutenu à l’Université de Vienne en 2003, a pour ambition d’étudier l’ensemble des textes hégéliens sur le temps, de « penser le temps avec Hegel ». Outre la pertinence de son thème, sa qualité première est de se confronter systématiquement et très soigneusement à la lettre de Hegel, à l’exception notable des textes de jeunesses et de la philosophie de l’histoire, qui sont peu cités. On ne peut que saluer l’effort spéculatif de l’auteur, qui connaît fort bien le corpus hégélien et la littérature secondaire, assez abondante sur ce sujet. Les deux premiers chapitres offrent un commentaire intégral « phrase par phrase » – travail inédit en allemand – des passages des leçons d’Iéna sur le temps et l’espace. Sur ce point, on notera que la dialectique du temps aurait pu être plus directement articulée à la dialectique logique des deux infinis de 1804/05 et mieux éclairée à l’aide de la Physique d’Aristote. En ce qui concerne l’architectonique de l’ouvrage, on peut se demander pourquoi l’analyse suivie de la Phénoménologie de l’esprit est interrompue au chap. 3, pour être reprise au chap. 7. La volonté d’interpréter le motif de l’effacement du temps (Tilgung der Zeit) à partir des textes de l’Encyclopédie (chap. 4) ne suffit pas à justifier complètement ce choix d’organisation. L’auteur a raison de ne pas limiter l’analyse du temps au début de la Naturphilosophie; cela donne lieu à de belles sections sur la « certitude sensible » (3.1), l’organique (5.2.3), la musique (6.2), la religion (7.5). Mais faut-il pour autant chercher à retrouver le thème du temps même dans des parties du système où il est explicitement absent? À cet égard, la tentative de dégager une temporalité de la logique (chap. 8), appuyée sur le livre de R. Ohashi (Zeitlichkeitsanalyse der Hegelschen Logik, 1984), semble peu convaincante. Hegel ne considère-t-il pas que la Logique est « zeitlos » et relève de l’éternité? Le souci louable de commenter en détail les textes donne parfois au lecteur le sentiment d’un parcours foisonnant, qui risque de perdre de vue l’unité du concept de temps et ne permet pas d’expliciter suffisamment la thèse de l’ouvrage, selon laquelle la pensée hégélienne du temps est une « métaphysique du temps », hapax de l’Introduction à l’histoire de la philosophie, qui reste quelque peu énigmatique. Ces quelques questions n’enlèvent rien à l’intérêt indéniable de ce travail impressionnant, dont la puissance interprétative culmine dans le chap. 4, où les dialectiques de l’espace et du temps font l’objet d’une excellente étude instruite par la Propédeutique de Nuremberg et les Naturphilosophie dans les versions de l’Encyclopédie et de toutes les Vorlesungen publiées à ce jour. Ce livre constitue ainsi un matériau précieux pour la recherche présente et à venir, tant sur la philosophie de Hegel que sur la question du temps.

Christophe Bouton, Université de Bordeaux III

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