La publication de ce volume est un vrai événement éditorial, parce qu’il remplit une vaste lacune dans le domaine des sources hégéliennes. En effet, au-delà de l’édition critique des matériaux déjà connus, il présente aussi une série d’inédits, qui permettent d’avoir un tableau plus précis et complet des écrits apprêtés pour les leçons du gymnase pendant lesquelles Hegel, à partir de 1808, met au point les lignes fondamentales de sa nouvelle conception encyclopédique du système.

Le premier tome comprend l’édition critique de dix manuscrits qui ont été utilisés par Hegel pendant ses leçons. Dans ces cahiers, brillent par leur importance cinq manuscrits retrouvés dans les années 1970 : en particulier la « Subjective Logik » de 1809-10 pour la dernière classe du gymnase (p. 263-309), dont les réélaborations successives par Hegel nous présentent la démarche par laquelle il façonne la nouvelle version de la « Begriffslehre », et le « System der besondern Wissenschaften » de 1810-11 pour la dernière classe (p. 311-365), qui présente la première version de la période de Nuremberg de la Philosophie de la Nature et de la Philosophie de l’Esprit, et qui contient d’intéressantes réélaborations successives de Hegel avec des indications sur la formation de la nouvelle philosophie encyclopédique de l’esprit subjectif.

L’édition est enrichie d’un deuxième tome constitué par les « Beilagen » et le « Anhang ». Il présente cinq cahiers d’étudiants qui n’ont pas été révisés par l’auteur et qui ne contiennent pas seulement les paragraphes dictés mais aussi les « Anmerkungen », où les étudiants ont résumé les explications libres de Hegel sur chaque paragraphe. Particulièrement remarquable est l’édition des inédits relatifs à la « Psychologie » de 1811-12 (p. 523-606) et à la « Religionslehre » des années 1811-12 et 1812-13 (p. 607-639 et 793-818). Le vaste « Editorischer Bericht » rédigé par Klaus Grotsch (p. 851-1057) fournit une idée claire de la complexité des problèmes éditoriaux soulevés par ces matériaux. Les difficultés les plus éclatantes se trouvent dans les cahiers manuscrits du premier volume, qui présentent les réélaborations hégéliennes successives significatives, avec des modifications systématiques qu’on ne peut pas souvent dater avec précision.

Pour le lecteur, la distinction entre les premières rédactions des leçons et les modifications successives n’est pas immédiatement évidente et se révèle seulement après un patient travail de comparaison entre le texte et les matériaux indiqués dans les notes. Pour ceux qui n’ont pas pu vérifier les originaux, il serait sûrement utile d’avoir une édition ultérieure, avec la reproduction photographique des manuscrits et, en regard, leur transcription critique, sur le modèle du travail éditorial efficacement mis au point par Bonsiepen et Grotsch lui-même dans le volume 13 des Gesammelte Werke (p. 251-543). Cette édition permettrait de joindre au caractère exhaustif des transcriptions la clarté intuitive de leur présentation. Une version digitale serait encore plus satisfaisante car cela permettrait de corriger certaines erreurs de transcription, inévitables dans un travail si vaste.

Dans l’ensemble, les deux tomes doivent quand même être considérés comme la meilleure et la plus complète édition des écrits de Nuremberg aujourd’hui disponible. Ils constituent un passage obligatoire pour tous ceux qui ont l’intention de s’occuper des questions théorétiques et des problèmes de méthodologie que Hegel affronte dans cette période décisive pour l’élaboration du système encyclopédique.

Paolo Giuspoli (Université de Vérone)

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