D’où la raison tire-t-elle son pouvoir ? Comment expliquer que les discours stigmatisant l’historicité de la raison demeurent, malgré eux, soumis aux normes rationnelles ? Ces questions traversent le présent ouvrage qui choisit comme angle d’attaque le problème du statut du transcendantal dans la philosophie moderne et contemporaine. Il s’agit bien ici d’un « partage » (celui du transcendantal et de l’empirique) dont la raison prend l’initiative et qui lui permet de vérifier son efficience. Le point de vue adopté par l’auteur est clairement hégélien : des apories kantiennes et husserliennes, on conclut à la nécessité de penser une « dialectisation du transcendantal » qui ne laisse pas la raison isolée face à son autre. La processualité entre concept et intuition (contre Kant) et l’idée d’une factualité non égologique du transcendantal (contre Husserl) permettraient à Hegel de penser la raison comme normativité immanente. L’ouvrage, aux références multiples, envisage aussi le rapport entre la dialectique et la logique formelle, dont il est montré (contre Russel) qu’elle dépend encore du langage naturel. Dans la lignée de l’interprétation de Gérard Lebrun, dont l’auteur radicalise certaines thèses, ce livre interprète la dialectique hégélienne comme une pragmatique qui identifie le transcendantal au langage et lui ôte toute dimension naïvement ontologique. Qu’il soit épistémologique ou juridique le transcendantal est alors soumis à la loi de tout langage : celle de la réflexivité qui ouvre une carrière à une interrogation philosophique sur les significations. Consacrée au droit (i.e. au transcendantal dans son effectivité), la troisième partie de l’ouvrage s’achève sur un parallèle inattendu entre Hegel et la « loi anthropologique de la transmission intergénérationnelle » chère à Pierre Legendre. Cette loi symboliserait l’unité (dialectique) entre la norme et l’expérience, manifestant l’apport d’une démarche spéculative aux sciences sociales.
Michaël Foessel (Université de Bourgogne)
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