Habituellement, les articles composant les ouvrages collectifs ne sont reliés que par un lien assez lâche, et ces ouvrages ne sont que rarement gouvernés par un programme ou un but communs. Il en va différemment dans le volume édité par Hans Friedrich Fulda et Christian Krijnen, Systemphilosophie als Selbsterkenntnis. Hegel und der Neukantianismus. Leur introduction se lit comme le programme qu’un auteur place en tête d’une monographie pour lui donner son orientation, et la structure thématique des contributions fait elle-même l’objet d’une justification programmatique. « Hegel et le néo-kantisme », selon le sous-titre de l’ouvrage qui s’appuie sur un colloque international ayant eu lieu à l’université de Heidelberg durant l’été 2004, constitue davantage qu’un choix thématique fugace. Comme l’écrivent les éditeurs, Hegel et le néo-kantisme ont en commun la conviction que la philosophie ne peut être adéquate que si elle est mise en œuvre sur un mode systématique (p. 5). Par là, nous abordons un postulat central. Car une telle pensée a souffert d’un net discrédit au xxe siècle, et l’ouvrage doit se comprendre, pour le moins, comme une note critique à l’encontre de la « fin de la pensée systématique », proclamée depuis Kierkegaard et Nietzsche jusqu’à Heidegger et Derrida. Selon les éditeurs, une certaine systématicité est tout simplement le critère de la scientificité (p. 10). Toutefois la pensée du système ne doit pas être ici comprise sur un mode conservateur, mais elle doit servir « à une Selbstaufklärung radicale et à la liberté humaine » (p. 12). Tel est le programme des éditeurs.
Dans le débat mené de manière exemplaire à propos de cette problématique comparatiste, on trouve cependant des différences assez considérables entre les contributions. Tandis que les éditeurs, aussi bien dans leur introduction que dans leurs articles respectifs, accordent un net avantage à Hegel, il n’en va nullement ainsi pour les autres auteurs. Ainsi Geert Edel, dans sa comparaison de Hegel et Cohen, récuse la démarche d’ensemble du système hégélien. Cependant l’orientation vers le système reste, même pour lui, déterminante – il est vrai sous une forme ouverte et non close, c’est-à-dire telle que, pour lui, on la trouve chez Cohen et non chez Hegel. Tous les contributeurs sont animés par la conviction selon laquelle il vaut encore la peine de viser une forme philosophique systématique. Quand bien même on ne partage pas cette aspiration et qu’on ne tient pas pour si graves les dangers d’une philosophie pluraliste, voilà un défi remarquable pour la philosophie d’aujourd’hui.
Oliver Flügel (Université Leibniz de Hanovre) (trad. G.M.)
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