Les éditeurs de ce volume issu d’un colloque de 2004 soulignent l’aspect pratique de l’interprétation hégélienne du scepticisme. Vieweg recense dans cette perspective les occurrences de la structure du scepticisme (liberté du sujet par abstraction + indifférence et soumission aux phénomènes) dans différents contextes du corpus hégélien (« Skeptizismusaufsatz », Phénoménologie, Logique, Encyclopédie, Philosophie du droit § 5-7 et 140). Bowman interprète la lecture hégélienne du scepticisme par rapport à sa théorie de la subjectivité, qu’il critique par ailleurs en suivant notamment des développements de Shoemaker. La négativité du motif sceptique correspondrait, dans l’économie de la théorie hégélienne du sujet, au doute humien sur l’existence du Moi, doute repris par Kant dans les paralogismes de la raison pure. C’est par un acte performatif de négation que le sujet se constituerait chez Hegel à partir de rien ; ce motif aurait été développé dans la logique de l’essence que Bowman trouve par conséquent obscure. Une remarque intéressante sur l’interdépendance singulière entre contenu et forme dans le scepticisme (p. 45) enrichit cette étude. Parmi les autres contributions, je mentionne l’article de Michael N. Forster qui contient d’intéressantes hypothèses sur le caractère selon lui essentiellement réactionnaire du scepticisme antique, méconnu par Hegel. Dans une deuxième intervention, Forster étudie le rapport changeant de Kant au scepticisme à partir des années 1760 jusqu’à la rédaction des trois Critiques. Wolfgang Welsch présente très brièvement, mais avec beaucoup de clarté une tout autre pensée « sceptique » : celle de Dogen (1200-1253, auteur principal du bouddhisme Zen). Welsch démontre bien comment l’interprétation et la transformation par Dogen de certains motifs du scepticisme pyrrhonien (qui pourrait bien être inspiré, à son tour, du bouddhisme indien) peuvent aboutir à une attitude pratique d’accueil de ce qui est, attitude substantiellement différente et des versions antiques et de la version hégélienne du scepticisme. Allan Speight passe en revue le rapport critique de Hegel à l’égard de Jacobi. Dieter Wandschneider essaie de montrer que, contrairement à l’enseignement de Robert B. Brandom qu’il résume avec beaucoup d’adresse, une Logique doit être fondée à partir de critères intrinsèques et non point en présupposant une référence irréductible à des objets singuliers et élémentaires. Cette étude pourrait servir d’introduction à son ouvrage important Grundzüge einer Theorie der Dialektik (Stuttgart, 1995) qui contient l’essentiel de son enseignement sur la Logique hégélienne.
Bruno Haas (Université de Paris I)
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