L’auteur part du scepticisme ancien pour introduire au cœur de la pensée hégélienne. À partir de quelques références prestigieuses (Hartmann, Adorno, Henrich), il souligne le caractère foncièrement incompréhensible (un-verständlich) de cette pensée, dû précisément au fait qu’elle tente de dépasser l’entendement (Verstand). Ce dépassement est élaboré avec beaucoup de soin et de rigueur (et avec quelques longueurs) sur 300 pages. M. Hofweber comprend le scepticisme dans son interprétation par Hegel comme analyse structurale de la pensée finie (= pensée hypostasiante et objectivante de l’entendement). Il l’abolit en effet dans l’isosthénie, donc dans l’aporie. Il s’agira par la suite d’élaborer à partir de ce désespoir de la raison (Verzweiflung) un accès à la pensée spéculative sans déjà la présupposer. Le livre tente de ne pas parler d’emblée la langue de Hegel. Le propre du scepticisme, pour Hofweber, est d’avoir poussé le doute (Zweifel) jusqu’au désespoir (Verzweiflung ; p. 186) par le fait même d’obtenir dans sa critique structurale de l’entendement une aporie véritable (une situation rigoureusement sans issue pour l’entendement, puisqu’elle le définit ; p. 191), obtenant ainsi l’ataraxie. Hofweber reconstruit la défaillance de la pensée finie (Vorstellung, Verstand) dans des pages intéressantes consacrées aux déterminations de la réflexion (Reflexions-Bestimmungen) : l’identité a = a ne se laisse exprimer que sous la condition que le terme a soit scindé en a et a’, étant donné que l’expression « a » ne la dit évidemment pas (p. 213). Le principe corrélatif du a≠¬a et la bivalence de la vérité comme rectitude décrivent seulement les conditions d’application de la logique traditionnelle (p. 220). Ce faisant, ils méconnaissent leur propre structure marquée par la contradiction du a = a’. Cette méconnaissance est structurale pour la pensée essentiellement imageante de l’entendement (p. 203, Hofweber semble sous-estimer ici l’apport du signe arbitraire en tant que tel, qu’il évoque pourtant à la même page). Dans sa lecture du concept hégélien de la négation, il insiste bien sur l’asymétrie entre la première et la seconde négation. Il accentue la nécessité de traverser soi-même ce processus logique, puisqu’il ne peut d’aucune façon être objectivé (= mis à distance pour une pensée encore hypostasiante, étant donné qu’il est la critique de cette attitude, p. 235), ce qui implique une critique de la conception même d’un « méta-langage » (p. 224). Une relecture très claire du Parménide dans la perspective hégélienne clôt cette publication utile.
Bruno Haas (Université de Paris I)
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