Le volume rassemble six contributions et a pour origine un congrès hégélien organisé en 2003. Son but est de restituer le cheminement intellectuel de Hegel durant la période d’Iéna, eu égard au thème de l’historicité immanente de la raison – un thème qui, selon l’éditeur, est entièrement exploré dès la Phénoménologie de l’esprit. C’est donc l’occasion de préciser ce que recouvre le concept d’histoire chez Hegel mais aussi de réfléchir aux problèmes systématiques auxquels il s’est affronté et au riche contexte historique – Weimar et Iéna – dans lequel son travail s’inscrit. Disons tout de suite que chacun des six contributeurs s’est acquitté de cette tâche complexe avec succès. Christian Klotz montre que, chez Fichte, l’histoire est jusqu’à la fin restée extérieure à la Doctrine de la science, quand bien même celle-ci s’est repositionnée historiquement dès les Caractères de l’époque actuelle. Une relation interne (19) du savoir avec son historicité propre n’est cependant rendue possible chez Hegel que par une « appropriation épistémique du monde » (21) : c’est pourquoi la téléologie éthique de l’histoire de Fichte ne pouvait être admise dans l’approche hégélienne. – En quoi consiste plus précisément cette « relation interne » ? Claus-Artur Schleier découvre le noyau de la pensée hégélienne de l’histoire, lorsque, à l’aide de passages-clés de la Phénoménologie, il met en évidence le fait que l’histoire est tragique, et que son telos ne se trouve dans le présent qu’à titre de « limite du temps » (29). Le concept de temps est également analysé par Wolfgang Bonsiepen, qui explore les travaux de logique et de philosophie de la nature avant-coureurs de la Phénoménologie, et voit à juste titre son angle décisif dans l’unité négative. – Les contributions suivantes fournissent d’importantes distinctions à propos du concept hégélien de l’histoire : Thomas Bach explique ainsi le fait que Hegel n’ait presque pas recours au concept d’histoire naturelle : non seulement il refuse ce qu’il nomme les descriptions rhapsodiques et les classifications d’« entendement » de son temps, mais il dénie à la nature toute histoire au sens propre. Par ailleurs, Brady Bowman répond à la question de savoir si la Logique d’Iéna peut être lue comme une « histoire de la conscience de soi » au sens de Schelling : toutes les approches méthodiques conduisent à répondre négativement à la question, dans la mesure où le Moi ne constitue ni le point de départ ni le but, mais fait bien plutôt face, en 1807, à « la figure, entièrement différente, d’un renoncement sublime, d’un sacrifice de l’esprit absolu » (85). Qu’il ne devienne clair qu’ex post que la substance ne peut être pensée autrement que comme sujet, coïncide avec la thèse de Ralf Beuthan, selon laquelle c’est seulement le concept de l’esprit comme « acte de faire retour » et « être-devenu » qui permit à Hegel d’élaborer le concept d’une histoire ouverte à l’avenir – une histoire qu’il avait tout d’abord appréhendée de manière négative comme perte d’un mythe d’origine.
Wilfried Griesser (Université de Vienne) (trad. G.M.)
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