Paolo Giuspoli nous offre ici sa propre transcription de la Philosophische Enzyklopädie für die Oberklasse de 1808-09 suivie d’une traduction italienne extrêmement soignée. Il s’agit là d’un document important puisque nous avons affaire à la première version hégélienne de l’encyclopédie ; loin pourtant de n’avoir qu’un intérêt documentaire ce texte comporte un intérêt théorique fort puisqu’il est l’expression « des principaux problèmes d’ordre méthodologique et épistémologique qui accompagnent Hegel durant les trente années qu’il a consacrées à l’élaboration de la philosophie comme système ». Le texte comporte une logique et une philosophie de la nature, qui demeure inachevée, puisqu’elle ne s’étend que jusqu’à la « physique de l’inorganique » ; l’interruption brutale du texte trouve sans doute son explication dans le retard avec lequel Hegel a commencé ses premières leçons à Nuremberg. Dans son introduction, Paolo Giuspoli se livre à une analyse minutieuse du manuscrit. Il montre tout d’abord la spécificité de la conception hégélienne de l’enseignement par rapport aux instructions que contenait le fameux Normativ de Niethammer, et ce notamment pour la logique qui n’est pas considérée comme une logikalische Technik, mais comme l’assise d’un traitement encyclopédique des sciences repensées dans le cadre d’une auto-exposition du savoir. Il explique ensuite très précisément l’articulation de la logique en faisant une comparaison suivie avec la Geisteslehre de 1808-09 et en montrant les différences méthodologiques qui peuvent exister entre ces deux textes. Dans le second, Hegel expose les déterminations catégoriales en évoquant également de manière séparée les actes subjectifs qui les constituent tandis que, dans le premier, « chaque détermination réunit en soi l’aspect du contenu et le moment de son auto-exposition ». L’auteur explicite également la division de cette logique en logique ontologique et logique subjective avant d’exposer le sens et la signification des paragraphes consacrés à la finalité et à l’Ideenlehre. La philosophie de la nature quant à elle se caractérise par un abandon de la division d’usage en 1805-06 entre le système du ciel et le système de la terre au profit de la tripartition mathématique, physique de l’inorganique (ou physique générale) et « science de la nature organique » (cf. le § 100). Laissée aux soins d’un des meilleurs spécialistes de la période de Nuremberg, cette édition est un outil des plus précieux pour quiconque voudra pénétrer plus avant dans l’élaboration du système encyclopédique.

David Wittmann (université de Tours)

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