Ce volume collectif consacré à la Phénoménologie de l’esprit était paru une première fois en 1998. Le deuxième centenaire de l’ouvrage de Hegel est l’occasion de republier le volume, dont la bibliographie s’est étoffée de nouveaux apports : L. Siep (Der Weg der Phänomenologie, Francfort, Suhrkamp, 2000), K. Kozu (Bewusstsein und Wissenschaft. Zu Hegels Nürnberger Systemkonzeption, Francfort, 1999), D. Köhler (Freiheit und System im Spannungsfeld von Hegels Phänomenologie des Geistes und Schellings Freiheitsschrift, Paderborn/Munich, Fink Verlag, 2006). Le lecteur retrouvera, entre autres, des contributions classiques, celle d’Andreas Gräser sur la certitude sensible, celles de Pöggeler sur la conscience de soi, de Klaus Düsing sur la raison, d’Elisabeth Weisser-Lohmann (sur le chapitre « Esprit » de la PhG), celle de Gabriella Baptist sur « Le savoir absolu. Temps, histoire, science ». La contribution de Köhler sur « La dialectique de la conscience morale » a été traduite en français (p. 83-94), avec quelques modifications, dans le volume collectif Hegel et le droit naturel moderne (Vrin, 2006). La « belle âme » est présentée comme démarquée du héros du roman de Jacobi, Woldemar. Il ne fait aucun doute que Woldemar soit désigné comme une « belle âme » dans le roman de Jacobi, mais la question est de savoir s’il n’y a qu’un seul modèle, ou si Hegel intègre, dans sa critique de la « belle âme » non seulement la réduction de la conscience morale à la sentimentalité éthique, mais aussi la conception schillérienne de la « belle âme » comme héros de la moralité faisant l’unité de la sensibilité et de la raison, et également la thèse de Novalis sur la puissance créatrice de la conscience morale. Les sources extérieures de Hegel n’empêchent pas les échos internes à la PhG : l’individualisme de la conscience éthique symbolisée par Antigone est rappelé par celui de la belle âme. D. Köhler souligne l’importance que Hegel accorde à ses lectures littéraires (pensons à la tragédie antique mais aussi au Neveu de Rameau). Toutefois on doit rejeter les identifications unilatérales : si la famille, dans « L’Esprit vrai » renvoie à l’Antigone de Sophocle, le Destin renvoie à Eschyle ; Hegel contamine les sources littéraires au profit de sa propre démarche qui est celle de la « démonstration narrative », genre dont relève la PhG. À propos de la « belle âme », le refus de reconnaître l’autre s’associe à la « génialité esthétique et éthique » ; certains assimilent aussi le « cœur dur » à Hölderlin, comme d’autres associeront l’« essence lumineuse » de la religion de la nature à la substance de Spinoza. On peut être assuré que Hegel ne suit jamais un seul modèle, même quand il paraphrase un texte précis. On regrette seulement que le volume collectif ne présente pas le chapitre 7, « die Religion ». Mais le mérite extrême d’un tel volume est de montrer tout l’intérêt actuel et passionnant du chef-d’œuvre de 1807.
Jean-Louis Vieillard-Baron (Université de Poitiers)
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