Les cours sur la philosophie du droit offrent la possibilité d’étudier Hegel de manière différente. Le travail de P. Cesaroni a le mérite certain d’offrir un nouveau parcours philosophique de la réflexion hégélienne sur la philosophie du droit dans les diverses formulations systématiques que l’on peut reconstruire à partir des cycles successifs de cours. Il en ressort un Hegel qui repense le dispositif politico-théorique de la modernité en tant que problème. Dans cette traversée, le dernier Hegel « redéfinit son discours sur l’Etat à partir de l’idée ample et stratifiée de l’activité de gouvernement » (p. 50). Cette réflexion hégélienne se développera jusqu’à la dernière édition de l’Encyclopédie, dans laquelle Hegel écrit que « la totalité vivante, la conservation, c’est-à-dire la production continuée de l’Etat en général et de sa constitution, c’est le gouvernement » (§ 541). De manière significative, fait observer Cesaroni, le concept de souveraineté se trouve lui-même redéfini à l’occasion de cette transformation intérieure du cadre conceptuel : « Hegel élimine définitivement la référence à la souveraineté et reconnaît dans la notion de gouvernement une expression plus appropriée en vue d’exprimer la configuration véritable de l’Etat » (p. 168). Chez le dernier Hegel, c’est la notion de gouvernement qui permet de repenser de manière critique les concepts politiques modernes, en vue de mieux comprendre et de surmonter l’aporie structurelle léguée par une manière de désigner la souveraineté et le pouvoir.
Massimiliano Tomba (Université de Padoue) (trad. J.-F. K.)
Reproduction interdite