L’ouvrage se présente comme un commentaire suivi, paragraphe par paragraphe, des Principes de la philosophie du droit. Il ne propose ni problématisation d’ensemble ni exposés thématiques mais adopte pour fil conducteur l’ordre même du texte hégélien, et se propose de déployer ce qui, dans le texte originaire, est parfois d’une concentration décourageante. Plus précisément, il tend à repérer, pour chaque paragraphe examiné, l’ensemble des principes proprement hégéliens qui le gouvernent. En revanche, il renonce à faire dialoguer l’ouvrage de 1821 avec d’autres textes de Hegel et à le mettre en perspective dans le cadre d’une problématisation plus générale de la philosophie du droit ou dans le cadre de l’histoire de la philosophie. Ph. Soual s’explique en quelques lignes sur ce point dans son introduction, en affirmant que toute confrontation des Principes avec les auteurs qu’ils mobilisent implicitement ou explicitement reviendrait simplement à faire la somme des erreurs d’exégèse de Hegel et à gommer son originalité : mais cet argument convainc-t-il vraiment ? Toujours est-il que l’ouvrage contribue à produire l’image d’une philosophie hégélienne enfermée sur elle-même – image en vérité discutable.
Quoiqu’il soit argumenté, le commentaire apparaît comme étonnamment dogmatique par son refus de mettre en évidence les difficultés de l’interprétation et sa propre situation par rapport aux autres commentaires. D’un côté, le texte de Hegel apparaît, sous la plume de Ph. Soual, comme univoque et comme ne suscitant aucune perplexité : mais est-ce véritablement le cas ? D’un autre côté, face à un texte sur-commenté, et qui a servi de point de départ ou de prétexte à des pensées aussi fondamentales et variées que celles de Marx, de Carl Schmitt ou de Charles Taylor, on attendrait que l’auteur en dise plus sur le lieu d’où il parle et sur son interprétation des interprétations. Ces réserves, cependant, ne doivent pas occulter ce qui fait la portée réelle de cet ouvrage : la richesse du contenu et l’équilibre remarquable entre le sérieux de l’investigation et le caractère pédagogique de la présentation. Le lecteur reçoit une grande quantité d’informations qui sont à la fois fidèles à la lettre du texte et formulées dans une langue claire et accessible. L’ouvrage évite largement la langue de bois du hégélianisme et montre de manière convaincante la force du texte qu’il examine. Cet ouvrage vient sans doute combler un manque : entre l’ouvrage classique d’E. Fleischmann, incontestablement lisible mais trop éloigné du texte, et les commentaires arides réservés aux seuls spécialistes, l’ouvrage de Ph. Soual constitue un moyen terme qui devrait intéresser les étudiants et les universitaires.
Gilles Marmasse (Université de Paris IV)
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