L’auteur, qui part manifestement de la problématique de Habermas, entend montrer que Hegel a été l’un des premiers à thématiser la fonction d’intégration sociale qui incombe au droit, dans le contexte d’une modernité marquée par l’autonomie croissante de multiples « sous-systèmes » (morale, politique, économie, etc.). La thèse s’appuie d’abord sur une lecture des Philosophies de l’esprit d’Iéna (notamment celle de 1803-04). Puis l’ouvrage s’attache à déceler la présence dans les Principes de la philosophie du droit d’une « logique souterraine » (p. 77) fondée sur la relation de reconnaissance mutuelle ; d’où l’idée d’une sorte de symétrie entre la théorie de la sanction pénale – façon pour l’État de se poser la question de la reconnaissance de la citoyenneté de l’individu – et la philosophie de l’histoire, où l’émergence de chaque nouvelle époque soulève la question inverse – celle de la reconnaissance de la rationalité des institutions par le citoyen. Le texte a l’intérêt de rappeler que le problème du rôle du droit ne peut être envisagé dans le seul cadre des analyses du droit abstrait ; mais, ne faudrait-il pas s’interroger davantage sur le fait que le droit auquel fait référence le titre même de la Rechtsphilosophie semble excéder toute acception strictement juridique du terme ?
Jean-Michel Buée (Université de Grenoble II)
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