La partie monographique du cinquième volume de la revue Quaderni di teoria sociale (2005) est consacrée au rapport entre la philosophie hégélienne et les sciences sociales contemporaines. Les neuf contributions adoptent le principe défini par A. Bellan et I. Testa dans la préface, à savoir le caractère indispensable d’une « révision du tableau épistémologique des sciences sociales » (5). Ils acceptent ainsi l’injonction formulée par Habermas d’ouvrir ces sciences à d’autres univers discursifs (la morale, la psychologie évolutive, la linguistique, etc.). Toutefois, on prend ici une route différente de celle parcourue par Habermas : en effet, le « catalyseur philosophique » de ce renouvellement n’est pas trouvé dans le kantisme mais dans la philosophie sociale de Hegel. Pour que la confrontation avec Hegel ne soit pas extrinsèque, la première contribution, qui consiste en un extrait du livre de G. Rose, Hegel. Contra Sociology (1981), fournit un tableau précis de la référence historico-philosophique de la sociologie, et montre sa généalogie néo-kantienne. Les essais qui suivent ouvrent, à partir de cet arrière-plan, un fructueux dialogue à distance entre Hegel et quelques représentants des sciences sociales, comme par exemple Durkheim, Gehlen ou Bourdieu. La valeur de ces études est double. D’un côté, comme on l’a dit, ils tournent autour du problème de l’épistémologie des sciences sociales, et en mesurent en particulier la potentialité critique (voir l’étude d’A. Bellan). De l’autre, ils offrent des interprétations nouvelles et originales de quelques points cruciaux de la pensée philosophique et sociale hégélienne. On peut citer l’essai d’Italo Testa et sa proposition de repenser, en dialoguant avec les plus récentes acquisitions de la psychologie évolutive, le thème hégélien classique de la reconnaissance – celle-ci n’étant plus considérée comme une rupture entre l’« homme » et la « nature » mais, au contraire, comme le lieu de leur articulation.
Pierpaolo Cesaroni (Université de Padoue)
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