Dans ce riche ouvrage, J.-L. Vieillard-Baron entend dévoiler l’arrière-plan théologique de la pensée de Hegel. A cette fin, il se livre à une étude détaillée de la signification de la philosophie de la religion, notamment à la lumière de la Phénoménologie de l’esprit, pour dégager la nature de l’Esprit absolu. La première partie, sur la fondation théologique du système, montre l’importance de la christologie et de la pensée de l’Incarnation dans la constitution de la négativité dialectique. L’existence de la religion est d’abord centrée ici sur la figure singulière nécessaire à la compréhension de l’Esprit absolu. C’est alors, de façon centrale, sur la problématique de l’idée logique et du savoir, bref sur le Dieu de la philosophie, que porte une seconde partie (p. 89-194) intitulée « Théo-logique », l’auteur étant par ailleurs conscient du problème posé par le sens de la théologie chez Hegel, dans le dépassement dialectique que celui-ci en opère. Cette partie, qui vise à clarifier le statut de l’idée absolue et de la logique, culmine dans une interprétation des syllogismes de la religion, bien distingués dans leur fonction des fameux syllogismes finaux et éclairés par une relecture du chapitre VII de la Phénoménologie de l’esprit offrant d’ailleurs des pistes à poursuivre sur le statut de la représentation comme moment d’extériorisation repris dans la logique religieuse elle-même. La dernière partie, consacrée à la « Structuration spirituelle de la religion », peut désormais inscrire la religion dans l’économie générale du système, après avoir rappelé son rôle dans la genèse de celui-ci à partir des années de jeunesse et, une nouvelle fois, à partir d’une lecture approfondie des pages de la Phénoménologie de l’esprit permettant de reprendre la définition hégélienne de la religion dans sa différence avec l’art et la nature de la révélation, afin de dégager le sens de l’absoluité de l’esprit dans la construction hégélienne. On retiendra à ce sujet de bonnes pages distinguant l’esprit d’autres formes de l’Absolu et différenciant la conception de Hegel de celles de ses prédécesseurs. L’ouvrage offre des perspectives de lecture stimulantes, tout en soulevant des questions, concernant par exemple le privilège accordé à la Phénoménologie de l’esprit dans une interprétation de l’esprit absolu dont le statut exact ne sera pourtant déterminé par Hegel qu’à Berlin (p. 227). Peu de coquilles à déplorer (une erreur de référence p. 168, ou dans une phrase p. 201). Une erreur néanmoins dans une traduction concernant un point important sur la logique et le spirituel : s’agissant, dans le § 574 de l’Encyclopédie, de la nature du logique qui se montre en tant que résultat de la science comme le spirituel, la traduction par l’auteur de l’affirmation du spirituel comme « le résultat du logique » (p. 137) fait difficulté. Mais le reste de la lecture n’en semble pas altéré pour autant.
Jean-Marie Lardic (Université de Grenoble II)
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