Le titre de ce numéro indique précisément son objet : traiter de Hegel, certes (cinq articles lui sont strictement consacrés), mais aussi de ce qui l’a précédé en conditionnant primordialement sa pensée (Aristote, les textes testamentaires, Locke, Kant et Schelling particulièrement) et de ce qui, ultérieurement, fut déterminant de lui pour des philosophes éminents (Marx, Ricœur). Dans cet ordre de détermination chaque étude apporte une contribution originale. Th. Posch interroge « les racines aristotéliciennes de la théorie hégélienne de la chaleur » ; Ch. Bouton développe les sources et raisons de l’identification hégélienne du christianisme comme « religion de la liberté », dans les lectures d’Augustin et de Luther notamment ; J.-M. Vaysse montre que « le sujet kantien » est le corrélat d’une théorie qui dépasse, par le schématisme, l’alternative traditionnelle (Aristote) entre sujet physique et sujet logique ; N. de Warren, dans « Kant’s Resolution of Locke’s Impasse » reprend la même thématique à propos des apories de la substance chez Locke ; O. Tinland montre comment Hegel, par son « holisme sémantique », détermine un sens homogène de l’art, sens unitairement historique, esthétique et spéculatif, rompant avec la distinction transcendantale de ces trois dimensions de sens chez Kant. G. Marmasse, dont on sait la compétence toute particulière relative à la philosophie hégélienne de la nature, s’efforce de distinguer la supériorité spirituelle du « corps anthropologique » vis-à-vis du « corps naturel », corps humainement spirituel dont on ne trouvait chez Kant, rappelons-le, qu’un traitement spécifiquement esthétique en terme de beauté du corps humain. Ch. Ferrié, avec « Les voix de la résistance », reprend le détail thématique du droit de résistance chez Kant et ses conséquences postkantiennes (Fichte et Hegel) ; M. Schnell produit un commentaire des paragraphes de l’édition de 1815 des Âges du monde de Schelling consacrés à l’angoisse, en comparant son sens et sa portée à ce qu’ils sont chez Hegel. Quant aux penseurs de la modernité contemporaine après et d’après Hegel, deux études en traitent strictement : celle de J. Servois dans son « Etude sur le travail aliéné dans les Manuscrits de 44 de Marx » et celle de M.F. Touati commentant et discutant longuement la thèse du « renoncement » au Hegel de la philosophie de l’histoire, énoncée par P. Ricœur dans Temps et récit, tome III. C’est une riche et substantielle livraison que ce numéro spécial de Kairos qui réjouira chercheurs et enseignants !

André Stanguennec (Université de Nantes)

Reproduction interdite