Ce dossier de 126 pages comporte huit contributions. Il été constitué à l’initiative du CRHIA (Centre de Recherche sur Hegel et l’Idéalisme allemand) de l’Université de Poitiers. Outre deux membres du centre (Alexandra Roux et Jean-Louis Vieillard-Baron), les auteurs sont des membres associés ou y travaillant régulièrement (Claudie Lavaud, Christophe Bouton), mais aussi une universitaire italienne (Giovanna Pinna), une brésilienne (Kathrin Holzermayr Rosenfield), auxquels se joignent les deux éminents spécialistes de l’idéalisme allemand que sont Jean-François Marquet et André Stanguennec. À part l’étude d’A. Roux, qui envisage quelques « variations schellingiennes sur le conflit », et celle de G. Pinna, qui étudie La fiancée de Messine de Schiller, le dossier se centre essentiellement sur Hegel et mérite donc amplement d’être recensé dans un bulletin hégélien.

Dans sa présentation générale, J.-L. Vieillard-Baron donne d’emblée le ton en indiquant qu’il n’y a pas lieu de réduire la question du conflit à la guerre – bien que cette dernière constitue un thème essentiel chez un penseur politique comme Hegel –, qu’il est nécessaire également d’explorer le conflit de type gnoséologique (de la raison avec elle-même dans la Dialectique transcendantale de Kant), spirituel (de la conscience avec l’absolu), ou encore métaphysique (de l’absolu avec lui-même). Son étude analyse le conflit (entre deux consciences de soi) comme lutte à mort distingué du conflit tragique (au sein de la Cité grecque), puis envisage le soi-disant bellicisme hégélien pour conclure finalement que ce n’est pas le politique (entendu comme le domaine interne de l’État) mais ce qui est infra-politique ou encore historique qui est, chez Hegel, le lieu du conflit.

Il faut mentionner tout particulièrement la synthèse vraiment remarquable de Ch. Bouton sur la question du fanatisme chez Hegel (à laquelle manque, peut-être, une analyse du fanatisme juif « de séparation » à la fois inversion – selon Hegel – du fanatisme « de domination », comme le mahométan, mais se tenant déjà, avant ce dernier, dans l’ordre de la « sublimité ») ; la magnifique mise au point sur « L’État et la guerre chez Hegel et Nietzsche » d’A. Stanguennec qui, en hégélien admirateur de Nietzsche, souligne, dans un réflexe anti-deleuzien, les lignes, plutôt que les solutions, de continuité entre Hegel et Nietzsche ; la minutieuse enquête de J.-F. Marquet sur les diverses figures du conflit dans la PhG et les considérations de structures sur le livre qui l’accompagnent.

Ari Simhon (Université de Rouen)

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