Que pense Hegel de la contradiction ? Popper a réfuté Hegel, considérant que la dialectique violait le principe de non-contradiction, sans lequel on peut tout dire et son contraire. Aristote, en effet, avait soutenu le caractère indéniable de ce principe. Hegel, lui, a formulé plusieurs critiques vis-à-vis du principium firmissimum. Pour comprendre ces critiques, il faut faire des choix interprétatifs. Soit on considère que Hegel ne critique que les formulations du principe qui sont, selon lui (à tort ou à raison), inadéquates (abstraites) ; dans ce cas, Hegel ne s’oppose pas au principe, il est juste particulièrement exigeant dans la manière de le formuler. Soit on prend au sérieux les critiques de Hegel, et on pense qu’il a vraiment voulu nier ce principe. Dans ce cas, il faut alors expliquer comment cela est possible, en dépit des avertissements d’Aristote suggérant que le principe est indéniable, au sens où le contenu d’une contradiction ne peut exister et ne peut même pas être pensé. Pour aborder ce sujet, Settimio fait un détour par Kant. Globalement, l’auteur semble choisir la première interprétation, mais avec des oscillations conceptuelles. En effet, si Hegel se borne à critiquer les formulations inadéquates du principe tout en en acceptant la substance, cela signifie que, pour lui aussi, le contenu des contradictions est irréel et qu’aucune contradiction ne peut être vraie – mais alors, on ne peut pas dire de la réalité que « si elle se révèle contradictoire, il faut la prendre comme elle est » car, si ce principe est valide, il n’existe aucune réalité contradictoire (Aristote docet). Sur ce point crucial, l’auteur reste ambigu. Ce volume ne renvoie que très peu à la bibliographie secondaire, hégélienne ou pas, et pas du tout au débat récent entre logiciens sur ce sujet.

Federico Perelda (Université de Padoue)

Reproduction interdite