Le dix-septième volume de la collection « G.W.F. Vorlesungen. Ausgewälte Nachschriften und Manuskripte » des éditions Meiner est également le second à concerner la Naturphilosophie hégélienne de Berlin. Venant après la publication de Nachschriften relatifs aux cours 1819/1820 (G. Bernhardy, Biobliopolis, 1982 ; J.R. Ringier, Meiner, 2002), 1821/1822 (B. v. Uexküll, Peter Lang, 2002) et 1823/1824 (K.G.J. v. Griesheim, Peter Lang, 2000), le texte de Heinrich Wilhelm Dove présente un quadruple intérêt : (1) il est rédigé par un étudiant disposant déjà d’une solide culture philosophique, « naturphilosophique » (il avait suivit les cours de Steffens à l’université de Breslau) et scientifique ; (2) son auteur deviendra ultérieurement l’une des figures majeures de la science allemande, l’un des fondateurs de la météorologie et l’un des critiques les plus acerbes des errements de la Naturphilosophie ; (3) sa rédaction des leçons de 1825/1826 est à la fois très claire et, à quelques détails près, elle semble très complète ; 4) elle nous fournit un document très précieux pour suivre le travail de réélaboration qui conduit à transformer considérablement la Naturphilosophie de l’Encyclopédie de 1817 à l’occasion de la réédition de 1827.

En plus du texte, le volume contient également une introduction substantielle des éditeurs (45 pages). Une première section commence par présenter la formation et la carrière de Dove, puis elle s’attache à la polémique engagée avec la théorie des couleurs de Goethe et de Hegel et avec la Naturphilosophie en général, avant de s’interroger sur l’influence que cette dernière aurait pu néanmoins exercer sur ses théories scientifiques. Une seconde section s’emploie à identifier ce qui préfigure dès 1825/1826 les développements consignés dans la deuxième édition de l’Encyclopédie aussi bien du point de vue du plan de la Naturphilosophie que de l’organisation interne et du contenu de ses subdivisions (à partir de l’exemple de l’organisme végétal). Les éditeurs soulignent à juste titre l’importance du manuscrit de Dove pour le vaste champ d’étude génétique de la Naturphilosophie de Berlin qui, sans doute, devra attendre la publication d’autres Nachschriften pour être défriché.

Soulignons pour notre part l’intérêt de l’introduction de cette Nachschrift. Beaucoup plus longue que celle des Nachschriften de Bernhardy et Ringier, elle rivalise par son volume, son organisation et son importance avec celles des Nachschriften Uexküll et Griesheim. Proche par ses thèmes et son organisation de celle de Griesheim, elle semble confirmer que Hegel avait rédigé une nouvelle introduction pour ses leçons de 1823/1824. Mais elle se distingue doublement de celle de Griesheim. D’une part en effet, elle semble renoncer à suivre aussi explicitement les paragraphes de l’édition de 1817 (peut-être parce que Hegel avait déjà la structure de l’introduction de 1827 à l’esprit). D’autre part, elle développe tout particulièrement la présentation méthodologique de la Naturphilosophie, non seulement en analysant le rapport que cette dernière entretient avec les sciences positives de la nature, mais aussi en la distinguant d’autres discours philosophiques sur la nature. Pour ces raisons, l’introduction de 1825/1826 devrait éveiller la curiosité bien au-delà du cercle étroit des spécialistes de la deuxième partie du système hégélien.

Emmanuel Renault (ENS LSH)

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